Critique : The History of Love

On 11/11/2016 by Nicolas Gilson

Adaptant le roman de Nicole Krauss, Radu Mihaileanu propose avec THE HISTORY OF LOVE un film catastrophe, non dans son propos nourri d’un déluge annonçant la fin du monde mais dans sa forme qui rend le message initial abyssal. Un objet d’autant plus déplorable et irritant qu’il se révèle d’une totale prétention. Un cauchemar qui est grotesque grotesque à tous points de vue… En somme un film d’école : le parfait manuel de ce qu’il ne faut pas faire.

Once upon a time…

Il était une fois Alma, aimée par Léo, mais aussi Bruno et Zvi. Après tout n’est-elle pas la femme le plus aimée au monde ? Même si elle est résumée aux formes soulignées par ses tenues et au rouge de ses lèvres, ce n’est pas pour rien que Léo a promis de la faire rire toute sa vie. Il était une fois Alma, une adolescente nommée ainsi parce que c’est le prénom de la femme la plus aimée au monde, l’héroïne d’un roman qui a transporté ses parents. Aujourd’hui à l’hiver de sa vie Léo vit à New-York où son chemin croise celui d’Alma, sans que ni l’un ni l’autre n s’en rende compte. Pourtant leurs destins sont intrinsèquement liés…

The History of Love - 1

Il était une fois un village figé dans le temps et dépourvu de couleur. Une pétrification qui transcende l’hypothèse même de la mort. Tandis que la caméra déambule dans cet espace en suspens et qu’une partition musicale se dessine jusqu’à pleinement s’intensifier, la couleur ressurgit. Entre vie et disparition, un arbre domine le décor. Lové contre celui-ci un couple s’enlace. Il était une fois l’histoire de l’amour.

L’introduction nous laisse-t-elle dubitatifs que nous voyageons rapidement dans le temps jusqu’au New-York de 2006. Pataugeant entre deux principaux personnages et autant de lignes de récit, nous découvrons la solitude et la rancoeur de Léo – vieux juif raciste âprement caricatural qui propose avec son ami et voisin Bruno un duo comique des plus pathétique – ainsi que la lassitude d’Alma fasse à la folie de sa mère – qu’elle tente de caser – et de son frère – persuadé que le déluge est proche. Observant ses personnages qui, de séquences en séquences, de fatalité en fatalité, sont de plus en plus ridicules, Radu Mihaileanu tente d’entremêler leur destinée au fil de séquence dont l’écriture se ressent amèrement sans parvenir au moindre équilibre. Entre surjeu et effets (gratuits) de mise en scène, Léo comme Alma nous agacent vivement.

The History of Love - Alma 2006 - 1

Loin d’attiser notre curiosité, les flash-back qui prennent place nous font toutefois sourire ou exploser de rire tant ils sont pourris. Si le choix de la langue anglaise pour illustrer le quotidien d’un petit village d’Europe de l’Est, à la veille de la seconde guerre mondiale, dont les personnages sont censés parler yiddish est des plus abscons, l’approche est à ce point surannée qu’elle en devient risible. Néanmoins, c’est avec beaucoup de sérieux que Radu Mihaileanu tente de s’approprier l’essence de l’oeuvre de Nicole Krauss et autant dire qu’il se mange un mur. La mise en abyme de l’histoire d’amour, cette « histoire de l’amour », n’a rien d’idyllique et l’idée même de la circulation du récit – de sa transcription, de sa traduction et de sa transmission – tombe à plat.

Plus concentré à l’idée de créer une once de suspens et à faire de belles images (ou pas), le réalisateur semble balayer ces thématiques d’un revers de la main en optant notamment pour la convention de l’universalité de la langue anglaise… alors que la pluralité des langues est l’enjeu premier dont découle toute la dramaturgie qui lui échappe (comme le scénario). Eprouvant, affacté et prétentieux, le film oscille entre le capharnaüm (au mieux) et l’épreuve. Malgré un enrobage musical anesthésiant, le ridicule s’impose sans que jamais nous ne parvenions à aimer les personnages qui deviennent, chemin faisant, pitoyables. Autant dire que les effets de révélations nous laissent dès lors interdits. Voulant transcender les vertiges des récits qu’il entremêle sans grâce aucune, Radu Mihaileanu court à la débacle.

THE HISTORY OF LOVE

Réalisation : Radu Mihaileanu
France / Canada / Belgique – 2016 – 134 min
Distribution : Cinéart
Romance

L'histoire de l'amour - poster

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