Critique : THE DEAD DON’T DIE

On 15/05/2019 by Nicolas Gilson

Après avoir revisité le film de vampire avec ONLY LOVERS LEFT ALIVE (2013), Jim Jarmush s’attaque au film de zombies afin d’esquisser une nouvelle fable à la fois humoristique et politique. Au fil de THE DEAD DON’T DIE le réalisateur coupe littéralement la tête de ceux dont il se moque et se paye Donald Trump et son Amérique raciste, climato-sceptique et consumériste. Compose-t-il un film de genre assumé qu’il semble avant tout s’amuser en s’entourant d’un casting savoureux, riche de sa diversité (Selena Gomez en tête). Rien de nouveau sous le ciel des zombies si ce n’est justement la raison du réveil des morts-vivants : l’axe bousculé de la Terre à cause du dérèglement climatique et la réaction en chaine qui s’en suit. Si le message est trop direct, le divertissement vaut le détour.

THE DEAD DON'T DIE

S’ouvrant sur une succession de scénettes qui se répondent, le film assoit d’entré de jeu une tonalité distanciée propre au réalisateur tout en ancrant une logique de mise en abyme (qui nous laisserait apercevoir Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, au sein d’un plan sans oser y croire vraiment). Plongés au coeur d’une bourgade nommée Centerville, deux policiers ((Bill Murray et Adam Driver) tentent en vain d’interpeler un ermite vivant dans les bois (Tom Waits) accusé par un fermier raciste qui arborre une casquette rouge « Keep America White Again » (Steve Buscemi) de lui avoir dérobé un poulet. Autant dire qu’à Centerville, à part savourer un combo café-donuts au diner, il n’y a rien à faire…

Pourtant des golfeurs meurent foudroyés, l’alcoolisme tue et une nouvelle croque-mort (Tilda Swinton) témoigne d’un comportement très étrange (mais comme elle est Ecossaise, cela semble normal). Si d’aucuns pourraient craindre qu’Adam Driver se mette à réciter quelque poésie, il nous prévient que The Dead Don’t Die de Sturgill Simpson est la chanson du film… Nous confrontant à chaque scène, le réalisateur nous donne les clés de l’intrigue qui dessine lorsque deux premiers mort-vivants sortent de terre et se rendent au diner local afin d’en savourer les serveuses et d’en emporter le café. Policiers et habitants tentent alors de faire face à une série de meurtres qu’ils pensent probablement commis par une bête sauvage, à moins que ce ne soient plusieurs bêtes sauvages… ou des zombies.

A l’absurde des situations répondent des répétitions savoureuses sans que le développement scénaristique (pas vraiment abouti) ne montre jamais un réel intérêt tant le message politique intrinsèque s’inscrit en lettres majuscules. Nous nous laissons toutefois surprendre autant que balader de personnage en personnage, de situation en situation, de référence et référence (du cinema de Romero ou de Tarantino à STAR WARS), et le rire est au rendez-vous. L’ensemble manque-t-il de rythme que les prestations valent le détour et, puisque la mise en abyme est actée, peu importe le surjeu manifeste des « proches » du réalisateurs. Certaines séquences valent à elles-seules le détour (à l’instar de celle où la croque-mort maquille deux cadavres) tandis que la jeune génération – faite de hipsters, de queers et de délinquants – semble tirer son épingle du jeu. Nous sommes toutefois prévenus  c’est dans les détails que se trouve l’explication…

THE DEAD DON'T DIE

THE DEAD DON’T DIE
♥♥
Réalisation : Jim Jarmush
USA – 2019 – 103 min
Distribution : Universal Pictures Belgium
Comédie climatique

the dead don't die poster

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