Critique : The Biguiled (Les Proies)

On 19/09/2017 by Nicolas Gilson

Avec THE BEGUILED, Sofia Coppola se risque singulièrement au film de genre. Signant une nouvelle adaptation du roman de Thomas P. Cullinan paru en 1966, elle envisage le récit sous l’angle des personnages féminins posant alors la question de savoir qui est réellement la proie de qui. Forte de proposer un film rempli d’humour, elle offre à un impressionnant casting la possibilité d’interpréter des personnages hauts en couleur et caricaturaux dont les contours se modulent toutefois sous nos yeux. Méfiez-vous des manuels de couture ou de cuisine.

Grateful to be your prisonier

1864. La Guerre de Sécession fait rage depuis trois ans. En pleine cueillette de champignons, la jeune Amy () découvre un soldat nordiste blessé. En alerte, elle le traîne sur son dos jusqu’au pensionnat où elle vit. La directrice de l’établissement, Miss Martha, hésite un instant sur le comportement à adopter et décide de remettre l’homme sur pied avant de le confier aux autorités. Bientôt sous son charme, Edwina et Alicia semblent bien décidées à lui témoigner toute l’hospitalité sudiste… Le loup viendrait-il d’entrer dans la bergerie ?

The Beguiled

D’entrée de jeu, la réalisatrice nous plonge au coeur de la forêt et assoit une logique de conte qu’elle met à mal, anticipant les affres de tout récit d’initiation. Le murmure d’une comptine est inexorablement dominé par le son de la nature environnante avant que ne résonnent des coups de feu. Le cadre de la guerre s’impose plus qu’il ne s’inscrit. Le décor qui sillonne littéralement la caméra se module à notre vue comme (et peut-être surtout) à notre ouïe. La quiétude et la luminosité ouvrent le film pour faire place à un sentiment double de peur et d’excitation – une sensation exacerbée par les gros plans sonores et les ondulations d ela caméra qui offre au décor un visage de plus en plus inquiétant. Le trait est alors épais avant de se dissiper au fil d’une exposition somme toute mollassonne.

Flirtant avec une dynamique de genre sans encore pleinement l’assumer, Sofia Coppola traduit avec grâce la noirceur potentielle de l’âme humaine. La luxuriance du pensionnat contraste avec le caractère sauvage du monde extérieur qui semble (re)prendre peu à peu le dessus. Moins frêles qu’elles n’y paraissent, les femmes qui parviennent à survivre en autarcie doivent bientôt faire face à leurs propres démons réveillés, comme leur émoi, par la promiscuité avec l’homme de tous les dangers. À l’instar de la jeune Amy, toutes les femmes de la maison seront aussi apeurées qu’émoustillées par la présence du Caporal McBurney. C’est quand portant secours à « l’ennemi », elles trahissent la bienséance comme les leurs.

The Beguiled cannes 2017

La cinéaste moque alors les règles du savoir-vivre et de la « bonne éducation » dont elle souligne l’ennui (n’est-ce peut-être pas pour rien que cette lente exposition est ronflante). La ritualité à laquelle se plient Miss Martha et ses filles est mise à mal… Mais le danger vient-il du caporal ou de l’interdit ? Tient-il de la perfidie du séducteur – bien plus émoustillé que les pucelles – ou de la société qui réduit les femmes à quelques activités dont elles peuvent pourtant, sans souci, s’échapper pour subvenir à leurs propres besoins ?

Le loup a-t-il pénétré la bergerie que sa présence ravive les manigances et les jalousies. L’homme divise les femmes dont il ruine la quiétude jouant sans le savoir avec le feu. Prend-elle le temps de mettre bien en place des enjeux aussi anodins que caricaturaux que Sofia Copola assume enfin, dans le dernier tiers du film, une logique de genre. Flirtant avec la comédie, elle l’assume pleinement lorsque Miss Martha demandera qu’on lui apporte un livre d’anatomie… pour le reste la cinéaste sonde la solidarité féminine et, ne faisant plus dans la dentelle, s’amuse habilement des ouvrages réservés aux femmes.

Attention : le trailer peut être le pire spoiler


The Beguiled: Trailer HD VO st bil par cinebel

THE BEGUILED
Les Proies
♥♥
Réalisation : Sofia Coppola
USA – 2017 – xx min
Distribution :
Drame

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

Les proies affiche

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