Critique : Tanna

On 23/08/2016 by Nicolas Gilson

Projet singulier, TANNA tient à ce que sa genèse soit évoquée. A priori de facture très classique, la première fiction réalisée par les documentaristes Bentley Dean et Martin Butler met en scène un épisode clé dans l’histoire de « Tanna », une petite île du Pacifique où les aborigènes ont décidé de vivre selon leurs traditions et la culture de la « Kastom ». Ecrit avec la complicité du peuple Yakel, le scénario nous confronte à une romance dans le caractère absolu contraint les sages à mettre en question les lois ancestrales des marriages arrangés. Un récit pittoresque et universel.

Tanna - couple

Le premier mouvement du film nous plonge dans une période d’insouciance, lorsque Wawa n’a d’yeux que pour Dain qui quitte le village pour devenir un homme. Le temps s’évapore le temps d’une ellipse et la narration prend alors place. A l’inverse de sa petite soeur espiègle, Wawa a intégré les gestes qui sont l’ordinaire des femmes. D’ailleurs, le rite célébrant sa maturité se prépare. C’est dans ce contexte que Dain rentre au village et autant dire que malgré leur silence les deux tourtereaux ne songent qu’à convoler. Mais aussi absolue soit-elle la passion qui les réunit n’a rien d’ordinaire.

Parallèlement à la romance, le scénario évoque maladroitement les tensions entre les différentes tribus qui conduisent à l’ouverture d’un conflit. La résolution de ce dernier nous confronte alors à un rituel ancestral consistant en l’arrangement d’un marriage entre les tribus en signe de paix. Alors que le passage à l’âge adulte de Wawa se célèbre, celle est décidée a convoler avec celui pour qui son coeur bat est sacrifié sur l’autel de l’honneur. Lorsque Dain et Wawa refusent leur destin, le récit bascule en une ultime mouvement où se confrontent la tradition et la modernité « coloniale » toute proche… Le choix porté par les amoureux, animés par un feu à leurs yeux aussi sacré que celui du volcan Yahul, se doit-il d’être tragique ?

Tanna - volcan

Quelque peu affectée – notamment dans la lisibilité de son écriture et une orchestration musicale des plus illustrative – l’approche présente l’originalité d’avoir pour décor l’île même où se déroule l’action et comme acteurs les membres de la tribu Yakel ou de tribus voisines. Choisis par ses pairs parce qu’il est le plus beau, Dain (alias Mungau Dain) transcende proprement l’écran tout comme la sublime Marie Wawa. Provient-il d’une volonté de rendre le plus intelligible possible la narration que le caractère artificiel de certains gestes tend à une pleine universalité du sentiment amoureux.

Rendant proprement hommage à un mode de vie et à la culture de la « Kastom » (ouverte à l’évolution au coeur de la tradition), les réalisateurs filment avec sensibilité les acteurs dont le principal devient le coeur-même de l’île, le volcan dont le bouillonnement (ou simplement le cadre) conduit à quelques scènes d’une beauté hypnotisante.

TANNA
♥♥
Réalisation : Bentley Dean & Martin Butler
Australie – 2015 – 104 min
Distribution : Cinemien
Drame

Venise 2015 – Semaine de la Critique

tanna - afficheTanna - enfants

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