Critique : Tag

On 26/03/2016 by Nicolas Gilson

Entre horreur et onirisme, Sion Sono revisite les règles du genre afin de livrer un récit féministe. S’emparant jusqu’à son paroxysme de l’objectualisation du corps féminin, il nous plonge dans un univers hanté par une force maléfique qui y pourchasse sans relâche tout être vivant. Jouissif et éclairant.

TAG_sub3

Était-ce un mauvais rêve ou Mitsuko est-elle l’unique survivante d’un carnage qui a décimé toutes ses camarades alors qu’elles se rendaient en excursion ? En se rendant à l’école, la jeune fille semble désorientée. Elle est persuadée que le vent cherche à la tuer… Et, au vu de la tournure des événements, il ne lui reste qu’une seule chose à faire : s’enfuir !

« Quelle journée magnifique »

Le film s’ouvre sur une séquence mirifique nous confrontant à de jeunes adolescentes qui se chamaillent gentiment dans des autocars. Mais tout mielleux soit l’univers auquel nous confronte Sion Sono (à l’image des oreillers avec lesquels les filles se battent avec une grâce permettant à leurs gestes de mieux dénuder leurs corps), le bonbon se révèle rapidement acidulé : tandis que Mitsuko se penche pour ramasser son stylo, un véritable massacre s’opère, en quelques secondes.

Plongée au coeur d’un décor où se confrontent, de part et d’autre de la route, les saisons, l’écolière fuit une force maléfique invisible. S’amusant d’une logique de conte, Sion Sono trouble nos perceptions. Flirtant avec l’absurde tant il joue avec le cliché de l’écolière, il brouille les pistes et esquisse une logique onirique. Vêtue d’un autre uniforme, Mitsuko doute de sa propre réalité. Ses amies (plus caricaturales les unes que les autres) l’entourent et cherchent à la rassurer.

TAG_sub1

Alors que nous épousons l’énergie de son héroïne, nous sommes bientôt aussi perdu qu’elle, l’univers qui l’entoure ne cessant de se moduler tandis qu’elle change de visage… et de nom. Seules deux constantes demeurent : la fuite nécessaire du mal absolu dans un monde uniquement peuplé de femmes. La satire vire au sublime avant de nous perdre dans une course effrénée qui, entre rêve et réalité, tient ponctuellement de la farce.

Jouant très habilement de nos sens, le réalisateur ne cesse d’attiser notre attention et de nous surprendre en étudiant savamment son cadrage, modulant son rythme de montage et en travaillant admirablement le son. À l’instar de la séquence d’ouverture, il emploie à dessein une série d’effets tout en s’en moquant. Et bien que nous ayons conscience du manque de réalisme tant du récit que de l’espace où il prend place, nous sommes d’autant plus intrigués que nous épousons ponctuellement le regard « du mal ». Nous observons ainsi une proie universelle dont nous semblons être le principal bourreau…

Des plus jubilatoire, TAG nous emporte dans une spirale surprenante où la femme, réifiée et réduite en une variante à trois visages comme autant de fantasmes masculins réducteurs, n’a d’autre choix que de subir cette domination ou d’y mettre un terme. La balade n’est en effet pas celle à laquelle on s’attend…

TAG
Riaru onigokko
♥♥♥
Réalisation : Sion Sono
Japon – 2015 – 85 min
Distribution : Sony Pictures
Fantaisie féministe

TAG affiche

Black Movie 2016 – 100% Sion Sono
BIFFF 2016 – Compétition Internationale

TAG_Sion_sono

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>