Critique : Swagger

On 08/02/2017 by Nicolas Gilson

Véritable leçon de vie, SWAGGER témoigne de la pugnacité de onze adolescents des quartiers d’Aulnay et de Sevran. Olivier Babinet est allé à leur rencontre, recueillant leurs récits de vie et les invitant à la rejouer pour mieux se la ré-approprier ; pour s’approprier leur destin. Ce documentaire nourri de fiction – et donc de jeu – nous confronte à une réalité délaissée des « élites », des français « de souche » et « blancs » qui vivent dans les villes ou, du moins, au-delà des murs qu’ils ont pensés avant de les abandonner.

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Avant que les récits de vie ne prennent place et que l’action se joue, le cadre se dessine sous une orchestration qui en lui offre une toute autre dimension. La banlieue retrouve ainsi les lettres d’or de la « cité », un terme qui souffre d’une image caricaturale dont le réalisateur cherche judicieusement à s’émanciper. Il ne s’agit pas de nier une réalité mère de clichés mais de s’en émanciper pour la découvrir à travers le regard de ceux qui la vivent. Aussi, lorsque les témoignages prennent peu à peu place, nous plongeons avec les acteurs du film dans l’évocation tant de leur quotidien que de leurs projets; de leur enfance que de leur vision du monde.

Les mots deviennent des armes virulentes tant ils sont percutants. Le film trouve son rythme en un chapitrage discret, abordant un thème après un autre au fil d’une admirable fluidité (gage d’un travail titanesque). La fictionnalisation de certains récits transparaît-elle comme évidente – jusqu’à visiter des genres cinématographiques – qu’elle souligne des pulsions ou angoisses communes. L’artificialité de certaines séquences comme du son ou de la musique est courte de contraste, et permet de mettre en perspective deux mondes : celui où évoluent les personnages et celui qu’ils créent (et dont ils peuvent devenir acteurs).

Le montage, extrêmement dynamique, tend à une intelligente universalité tout en esquissant un dialogue, silencieux, entre les différents protagonistes. Ces enfants qui ont du mal à se sentir français alors qu’ils le sont légitimement nous conduisent à faire face à une France – une Europe et un monde – qui se ment depuis trop longtemps et refuse d’assumer les conséquences d’une décolonisation catastrophique – voire « simplement » de la colonisation – et d’une immigration stigmatisée par des discours populistes.

Ils ont du style ces gamins de SWAGGER car, bien plus que nous, ils ont conscience du monde dans lequel ils vivent. Trop peut-être, mais cela leur donne une force admirable et leur permet d’affronter la vie, comme la caméra, en s’affirmant !

SWAGGER
♥♥
Réalisation : Olivier Badinet
France – 2016 – 84 min
Distribution : Athena Films
Documentaire

Cannes 2016 – l’aCid

Swagger, Affiche

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