Critique : Sully

On 28/11/2016 by Nicolas Gilson

Le 15 janvier 2009, alors qu’il vient de décoller, le commandant Chesley Sullenberger perd le contrôle des deux moteurs de son Airbus A320. Prenant la décision d’amarrer sur le fleuve Hudson, il sauvera la vie des 155 passagers. Un « miracle » aux yeux de la presse et de l’opinion publique qui ont encore en mémoire d’autres images d’avions dans le ciel de New-York. Construisant son film à la gloire de celui qui l’on surnomme « Sully », Clint Eastwood en fait un héros tout en mettant au pilori le système qui menaça sa carrière et douta de son professionnalisme.

« It’s been my life. My all life. »

Adaptation quelque peu grandiloquente de l’ouvrage signé par le pilote, « Highest Duty », le scénario de SULLY tend à nous fondre au ressenti du commandant Sullenberger par vagues émotionnelles successives en nous faisant revivre le fil de son aventure tandis qu’il doit faire face à une commission d’enquête. S’ouvrant sur le cauchemar qui hante « Sully » alors qu’il tente de se reposer, le film nous confronte à sa pire angoisse. A-t-il pu éviter le pire qu’il doit à présent répondre de son geste qui apparaît irrationnel au regard de ses supérieurs et des assurances. Immobilisé à New-York alors que son épouse et ses filles sont à l’autre bout des Etats-Unis, il craint de devoir mettre un terme à sa carrière déjà longue de 40 ans à mesure que sa décision est remise en cause – ce qui le ruinerait. Il est certain que la réaction qu’il a adopté était la bonne. Il a senti l’appareil lui échapper et les moteurs s’éteindre successivement… Pourtant les premiers résultats d’enquête tendent à le contredire.

Sully - Tom Hanks

Construit a priori comme un huis-clos réflexif, le scénario repose sur une pleine introspection qui, faisant écho aux questions des enquêteurs, ouvre sur plusieurs flash-back. Un éternel retour au même, à l’incident proprement dit, avant et afin de nous en faire découvrir l’ampleur, la complexité et… la réalité. L’unicité du point de vue s’amenuise peu à peu mettant quelques passagers en lumière afin de mettre en place une dynamique d’identification « commune » qui l’est tout autant. Portant le commandant Sullenberger en héros, Clint Eastwood en transcende le caractère empathique : il pense à sa femme et à ses filles plus qu’à lui-même, s’excuse et met en avant la bonté et la bravoure de son équipage. Il se veut surtout et avant toute chose adopter un comportement exemplaire, rendant honteux ceux qui oseraient douter de la bienveillance de son acte – qui se veut être jusqu’au-boutiste. Un véritable personnage eastwoodien en somme.

Non dépourvu d’un certain pathos – notamment dans l’emploi de la musique, l’approche témoigne toutefois d’une réelle sobriété. Elégamment sophistiquée, la mise en scène joue avec nos sensation au fil de travellings pulsionnels et d’une habile sonorisation. S’il est amusant de constater le jeunisme dont fait preuve le réalisateur dans son casting (tant le contraste entre les personnages fictifs et réels, aperçus au générique de fin, est manifeste), il offre à Tom Hanks un rôle étonnamment pluriel qu’il endosse avec réel talent. Parvenant à rendre haletant un amerrissage dont on connaît pourtant d’emblée la finalité heureuse, Clint Eastwood ancre parallèlement un réel suspens à travers la mise en scène de ce que nous ressentons, à l’instar du copilote de Sully, comme un réel procès. Ce faisant, il nous fait prendre conscience de l’importance du facteur humain avec une force pourtant mise à mal lorsque ses personnages ne cessent de se dire qu’ils s’aiment. Aussi premier degré soit le message, il faut reconnaître que l’impitoyable fait mouche.

SULLY
♥♥
Réalisation : Clint Eastwood
USA – 2016 – 96 min
Distribution : Warner Bros. Pictures
Drame historique

sully - affiche

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