Critique : Strike a Pose

On 17/06/2016 by Nicolas Gilson

En 1990, Madonna crée l’événement avec sa tournée « The Blond Ambition Tour ». Entourée de sept jeunes danseurs, l’icône de la pop prône la liberté sexuelle dans un contexte où le VIH tue tant physiquement que socialement. Entre scandale et affirmation de soi, le « show » et sa médiatisation font de ses acolytes des modèles pour de nombreux homosexuels en quête de leur propre identité. 25 ans plus tard, Ester Gould et Reijer Zwaan nous font revivre cette excitation et, allant à la rencontre des danseurs, révèlent la réalité de leur vie pendant et après la tournée.

« You can be yourself and happy… and still be gay »

Ouvrant un dialogue à travers le temps, la première partie du film s’intéresse aux coulisses de la tournée. Les six danseurs encore en vie – l’un d’eux est décédé du sida – évoque leur audition, leur rencontre avec Madonna et la frénésie autour de l’événement à portée internationale. Les témoignages sont entrecoupés d’archives qui permettent de prendre le pouls d’une époque ; de la réalité sociétale d’il y a une génération. Issus d’origines diverses, ces danseurs semblent fougueux et irréfléchis. Ils s’affirment à travers la danse au fil de chorégraphies qui ont « vulgarisé » le voguing dont elles sont inspirées. Ils semblent libres et assumer leur homosexualité jusqu’à la revendiquer. Leur énergie est telle que l’homophobie du seul hétéro de la bande vole en éclat lorsqu’il laisse ses préjugés de côtés. Le scandale sera assis par la fameuse séquence du documentaire TRUTH OR DARE d’Ale Keshishian (In bed with Madonna, 1991) où deux des danseurs s’embrassent avec fougue… et sans crainte.

Strike a pose - voguing - madonna

Les réalisateurs mettent alors peu à peu en perspective l’envers du décor, la réalité derrière la « représentation ». Certains feront un procès à Madonna pour exploitation abuse de leur image – ce qu’elle ne leur pardonnera jamais – tenteront avec plus ou moins de succès de faire carrière… au fil de leur individualité. Se concentrant sur les danseurs et leurs proches – à l’instar de la mère de celui qui est décédé – Ester Gould et Reijer Zwaan en deviennent les complices et les confidents. Le climat tout à la fois homophobe et « VIHphobe » – quoique la notion-même d’homosexualité était nourrie d’amalgames – se dessine en plusieurs mouvements conduisant certains à parler du virus de façon plus personnelle. Car au moment de la tournée, certains se savent malades ou le découvrent et, tandis que le spectacle évoque sans détour la nécessité de se protéger comme la disparition de plusieurs personnalités, gardent le silence sur une réalité dont ils souffrent. L’emploi d’une même archive lui offre alors une réelle perspective.

Icônes pour une pleine génération d’homosexuels – et pas que – ils revivent et racontent le sentiment de honte qui les a emporté, le sentiment de mort sociale qu’il a fallu dépasser, le combat qui a été, qui est le leur. Les récits s’entremêlent, se nourrissent et se mettent en relief avec candeur et fierté. « You can be gay and human… and happy and successful ». 25 ans, c’est une génération. C’est aussi un abysse que certains ont pu traverser partiellement grâce à eux et qu’ils ont du affronter sans filet.

STRIKE A POSE
♥♥
Réalisation : Ester Gould & Reijer Zwaan
Pays-Bas / Belgique – 2016 – 83 min
Distribution : ABC distribution / Cinemien be
Documentaire

Berlinale 2016 – Panorama
BRFF 2016 – Avant-première
Strike a pose - affiche

Strike a pose - documentaire

 

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