Critique : Souvenir

On 16/01/2017 by Nicolas Gilson

Après un premier long-métrage sur la naissance des émois d’un jeune homosexuel (NOORDZEE, TEXAS), Bavo Defurne s’attaque au mélodrame en mettant en scène une chanteuse oubliée qui retrouve la lumière en même temps que l’amour. Gorgé d’artifices, SOUVENIR offre à Isabelle Huppert la possibilité de pousser la chansonnette en entonnant des titres composés par Pink Martini. L’univers suranné dans lequel l’actrice évolue séduit autant qu’il agace tant en émane une grande naïveté.

souvenir_isabelle-huppert-kevin-azais

Ancienne chanteuse de variété qui, après être arrivée seconde à l’Eurovision, s’est réfugiée dans l’anonymat, Liliane (Isabelle Huppert) est aujourd’hui ouvrière dans une usine à pâté. Effacée dans un quotidien au rythme monotone, elle est bientôt reconnue par un jeune intérimaire qui la convainc de remonter sur scène.

Tu as besoin d’amour comme une plante a besoin d’eau

Semble-t-il nous immerger dans un bain de champagne que Bavo Defurne nous confronte, derrière l’artifice de la scène d’ouverture, à une réalité mais enchanteresse – voire désenchantée. Nous découvrons en effet Liliane alors qu’elle s’avale un comprimé d’aspirine, nécessaire à contrer le mal de tête que sa consommation de whisky engendre. Rapidement placée face à elle-même (le réalisateur ayant un goût très prononcé pour les miroirs), la protagoniste est d’emblée notre objet de regard. Nous la rencontrons alors dans une routine quelque peu disgracieuse plus que banale : ses journées étant rythmées par un travail à la chaine et le jeu télévisé devant lequel elle siphonne son alcool.

Son passé frappe alors à la porte de son présent jusqu’à s’imposer à elle sous les traits de Jean (Kevin Azaïs attifé d’une incroyable moustache). Le père du jeune homme est un fan inconditionnel de Laura, son nom de scène. Si, prenant peur, elle nie dans un premier temps elle celle qu’il pense, elle reprend à son contact, peu à peu goût à la vie…

Isabelle Huppert - souvenir - interview

Ecrit et produit par Bavo Defurne et Yves Verbraeken, SOUVENIR pose rapidement un problème de ton. Le film oscille entre les genres, en flirtant avec le kitsch sans pleinement s’imposer comme tel. Une impression générale qui émane tant de l’écriture (trop ou pas assez palpable) que de la réalisation. L’entreprise de pâté dans laquelle Liliane et Jean se rencontrent est à la fois appréhendée avec une mécanique réaliste et un caractère artificiel laissant penser à un atelier destiné au déficients mentaux – tant le rythme de travail, à la chaîne, est d’une lenteur saisissante et manque de vie.

Le caractère référentiel de la production s’impose-t-il que le mélodrame dans lequel Bavo Defurne nous plonge semble plus tenir d’un hommage au cinéma de François Ozon et de Pedro Almodovar (à la sauce à la bière façon « boulets à la flamande » ou « carbonnades liégeoises ») qu’à celui de Douglas Sirk – et ce malgré le pathétique de la situation première. Passons sur les greenkey franchement ratés, les figurants qui figurent et les dialogues malhabiles, et soulignons que la rencontre entre Isabelle Huppert et Kevin Azaïs fonctionne très bien (même si les sexualité qui les réunit manque de crédibilité). Enfin, joliment pop et divinement intemporelle, la musique de Pink Martini est enivrante si bien que les chansons entonnées par Isabelle Huppert (et particulièrement le titre « Joli Garçon ») nous restent en tête.

SOUVENIR

Réalisation : Bavo Defurne
Belgique / France – 2016 – 90 min
Distribution : Alternative Film
Comédie romantique

Film Fest Gent 2016 – Film de Clôture

Souvenir - bavo defurne - affiche - isabelle huppert

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