Critique : Snowden

On 31/10/2016 by Nicolas Gilson

Adaptant « The Snowden files : the inside story of the world’s most wanted man », l’ouvrage du journaliste du Guardian Luke Harding, Oliver Stone dresse le portait d’Edward Snowden, le lanceur d’alerte considéré par la Maison Blanche comme un traître. Offrant à son film une dynamique de suspens, le réalisateur met en perspective la surveillance mondiale réalisée par la National Security Agency (NSA) américaine. Véritable film à charge contre un système gangréné, SNOWDEN nous confronte au devenir d’un monde où la cyber-surveillance semble être la norme… bien qu’elle demeure illégale – pour combien de temps ?

En juin 2013, Edward Snowden rencontre à Hong Kong deux journalistes, Gleen Greenwald et Laura Poitras. Ils les a contacté en vue de leur remettre plusieurs documents incriminant la NSA. Réfugiés dans la chambre d’hôtel du lanceur d’alarme, ils s’apprêtent à révéler un monumental scandale dans un climat des plus tendu. Snowden est conscient qu’il atteint alors un point de non-retour, faisant de lui un traître au yeux de sa hiérarchie et de son pays. Pourtant, il ne fait que fournir les preuves du péril de la société de droits.

Snowden Critique

Concentrant son scénario, écrit avec Kieran Fitzgerald, sur la figure même d’Edward Snowden, Oliver Stone envisage « le plus grand scandale d’espionnage de l’histoire des États-Unis » en adoptant le regard de celui qui en a permis la mise en lumière. Partant des révélations qui ont donné lieu à de nombreuses publications journalistiques et naissance au documentaire CIRIZENFOUR de Laura Poitras, le réalisateur revient sur le patriotisme qui anime Edward Snowden lorsqu’il décide de s’engager dans l’armée avant de rejoindre les équipes de la CIA. Insérant habilement l’évocation de l’enfance et de la réalité familiale du protagoniste, il suit son évolution professionnelle et sentimentale – que serait un film d’espionnage sans une note romantique (certes un peu trop sirupeuse) – avant (et afin) de nous faire ressentir son désarroi qui se meut bientôt en vertiges.

L’approche est d’autant plus efficace que l’évocation se dessine dans l’urgence des révélations et de leurs conséquences directes. Si Oliver Stone ne révèle rien de neuf, il condense en un film « grand public » les tenants et aboutissements d’une affaire qui devrait conduire tout spectateur à se révolter.

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Orchestrée avec panache, la réalisation tend à exacerber à la fois le ressenti de Snowden – flirtant ponctuellement la pleine paranoïa – et le déséquilibre d’une situation qui nous concerne tous autant qu’elle nous dépasse. Les choix des axes et des angles de cadrage conduisent un à un malaise certain, ponctuellement renforcé par de réels tableaux à ce point expressifs qu’ils deviennent fascinants. Si la gratuité de quelques effets est manifeste, notamment quelques jeux d’observation improbables, ils anticipent le plus souvent le basculement vers la situation « globale » que le réalisateur dénonce.

Toutefois le tour de force du réalisateur, qui au fil de son développement nous emporte au coeur de la fiction (soulignons l’interprétation admirable de Joseph Gordon-Levitt), est de nous confronter à la réalité dont il est question. Edward Snowden nous faisant in fine face, la notion même de fiction s’évapore en une fraction de seconde, nous contraignant à regarder le miroir d’un monde qui est le nôtre.

SNOWDEN
♥♥(♥)
Réalisation : Oliver Stone
USA / France / Allemagne – 2016 – 134 min
Distribution : Belga Films
Drame historique / Biopic(je)

Film Fest Gent 2016 – Galas & Specials

Snowden - affiche
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