Critique : Sangue Del Mio Sangue

On 05/12/2016 by Nicolas Gilson

Faisant preuve d’une grande liberté, Marco Bellocchio se révèle être un drôle d’agitateur qui signe avec SANGUE DEL MIO SANGUE un drame bouffon se voulant être tout à la fois une farce satirique et une ode à la figure féminine. Transcendant le temps et les époques, le réalisateur italien retrouve la ville de Bobbio dont l’ancien couvent converti en prison est au centre d’une réflexion sur la dégénérescence d’un monde patriarcal refermé sur lui-même. Audacieux autant qu’abscons, le film se veut résolument baroque et moderne.

En un premier mouvement, Marco Bellocchio nous confronte à un épisode tragique – et pourtant bien commun – au sein duquel une nonne est accusée d’avoir pactisé avec le diable. Elle aurait séduit un prêtre et l’aurais conduit à commettre l’irréparable en se suicidant. Federico, le frère de ce dernier, un homme d’armes, est décidé à rétablir son honneur… Sous son regard et sous l’aval du clergé, la femme subit différentes épreuves dont le but est de prouver son alliance satanique. Condamnée d’avance, elle se mure dans un silence témoignant d’une force avec laquelle ni les hommes ni l’Eglise ne rivalisent.

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Jouant dans un premier temps avec nos attentes, Marco Bellocchio dresse un portrait aussi fin qu’acerbe du couvent où les yeux se ferment autant que les coeurs ne sont sourds. Au sein d’un réel drame historique, le cinéaste se moque avec espièglerie de la nature-même de ses personnages comme des codes qui régissent leur comportement. Ce faisant il met en exergue la logique crétine d’un monde clos sur lui-même où tous doivent répondre à une prédestination et à un honneur qui n’a pourtant rien d’honorable…

Teintée d’onirisme, l’approche tend à une certaine grandiloquence nourrie de notes anachroniques (à l’instar de la musique) qui contraste avec un réalisme d’autant plus brutal que l’objet de représentation – la condamnation perpétuelle de la figure féminine – est, de par sa gratuité, scandaleux.

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Succède alors un second mouvement d’autant plus saisissant qu’il parait « déraisonnable ». Au drame répond une improbable tragi-comédie. Le théâtre demeure-il le même, que le réalisateur met en scène les derniers sursauts de vie d’un système de privilège qui, dans la contemporanéité d’un monde sans frontière (du moins au regard des nouvelles technologies), n’a plus de sens. À la critique du pouvoir incarné par l’Eglise, répond celle d’une autorité sur le déclin incarnée par la figure d’un vampire.

Si le trajet emprunté par Marco Bellocchio n’est pas toujours clair, au fil de ses égarements et de son amusement, il propose de nombreux tableaux éclairants, tantôt drôles tantôt tragiques, et offre au sourire d’une jeune femme une valeur incommensurable. Enfin, en guise d’épilogue, il signe une scène éblouissante afin de réhabiliter « la femme », le berceau de toute création.

SANGUE DEL MIO SANGUE
♥♥(♥)
Réalisation : Marco Bellocchio
Italie / France – 2015 – 106 min
Distribution : Cinemien be
Farce / Drame bouffon

Venise 2015 – Sélection Officielle en Compétition
Film Fest Gent 2016 – Global Cinema

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