Critique : Rosalie Blum

On 02/04/2016 by Nicolas Gilson

Jusqu’à présent scénariste ayant travaillé sur des projets aussi divers que CLOCLO, QUI A TUE PAMELA ROSE (1 et 2), LARGO WINCH (1 et 2) ou 36 QUAI DES ORFEVRES, Julien Rappeneau passe à la réalisation avec une joyeuse comédie pleine de mélancolie. Adaptation de la série de bande-dessinées éponyme, ROSALIE BLUM croise les trois albums de Camille Jourdy en un film en trois volets qui, malgré un sujet aigre-doux, est des plus réjouissant.

Rosalie Blum - Kyan Khojandi

Vincent Machot (Kyan Khojandi) est coiffeur dans une petite ville de province. Il a repris le commerce de son père, habite en-dessous de chez sa mère (Anémone) et pense être en couple avec Marianne, qui vit à Paris. Il mène « une vie simple, tranquille jusqu’à ce jour d’automne » où il rencontre Rosalie (Noémie Lvovsky). Subjugué par le regard de cette femme, il décide de la suivre afin de découvrir qui elle est.

« J’en ai surtout marre des j’aurais peut-être dû ! »

Le film s’ouvre sur un premier chapitre « Vincent » par la présentation du protagoniste par lui-même. Dans son adresse en voix-over, il résume sa vie et se livre sans état d’âme. En quelques phrases il résume son quotidien et dévoile son environnement. Autant d’éléments qui ancrent sa caractérisation et permettent à Julien Rappeneau de se concentrer sur l’évolution de son récit sans plus se soucier de la réalité dans laquelle il l’a d’emblée placé. L’échange de regard avec Rosalie est un premier moteur, conduisant à une improbable filature et quelques surprises parmi lesquelles une nécessaire rencontre.

Comme le laisse supposer l’introduction, au premier axe narratif succède un deuxième « Aude » – la nièce de Rosalie aperçue au premier acte (Alice Isaaz) – et un ultime « Rosalie ». Une construction qui rappelle celle de l’oeuvre adaptée tout en demandant à Julien Rappeneau de repenser la trames dans une économie temporelle. À nouveau la présentation en voix-over des héroïnes de chacun de ces axes permet de nous plonger pleinement dans leur intimité – quoique Rosalie soit à dessein plus secrète – tout en offrant au film, littéralement, sa « petite musique ».

Rosalie Blum - Noemie Lvovsky

Au fur et à mesure du développement narratif, tandis que certaines situations se répondent ou se répètent sous un angle différent, les personnages gagnent en volumes et notre perception de enjeux – comme la leur – évolue. Le ton mélancolique d’ouverture, teinté d’humour, tend à une sympathique dynamique de suspens et derrière une légèreté apparente le réalisateur croque avec justesse la réalité commune qui dépasse celle de ses personnages.

Quoique simple et relativement artificielle, la réalisation à la mérite de tendre à la création d’un décor réaliste nourri de touches poétiques. La « petite ville de Province », jamais caricaturale, est un terrain de jeu pour Julien Rappeneau qui prend ses distances par rapport aux dessins de Camille Jourdy et s’approprie alors pleinement l’univers de la bande-dessinée. (Re)façonnant les personnages et leurs intérieurs, il trouve un équilibre subtil entre ce que leurs quotidiens ont de dramatique et peuvent avoir d’amusant – à l’instar de la maison de poupée dans laquelle vit la mère de Vincent, aussi terrifiante que fascinante.

Enfin le casting fonctionne à merveille offrant notamment à Noémie Lvovsky un rôle empli de nuances où elle ne cesse de nous subjuguer et de nous surprendre – miroir de l’attraction suscitée par son personnage sur son entourage.

ROSALIE BLUM
♥♥
Réalisation : Julien Rappeneau
France / Belgique – 2016 – 90 min
Distribution : Scope
Comédie

Affiche Rosalie BlumRosalie-Blum-Alice Isaaz

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