Critique : Rodin

On 23/05/2017 by Nicolas Gilson

S’intéressant à la vie d’Auguste Rodin sur une période allant de 1881 à 1907, Jacques Doillon nous la livre sous forme de chroniques. Une succession de séquences au sein desquelles Vincent Lindon performe dans le rôle du sculpteur, parlant dans la barbe qu’il s’est laissé pousser pour l’occasion. Si la passion de Rodin est totale, le film n’est guère passionnant tant il est dépourvu de rythme, décousu et in fine artificiel et démonstratif malgré un angle d’approche hyper-réaliste. Nous plongeant dans un incommensurable ennui à mesure que le temps s’épuise, RODIN nous invite toutefois à envisager la modernité d’une oeuvre à laquelle tend lui-même le réalisateur sans y parvenir.

Rodin Lindon

1881, Rodin reçoit sa première commande d’Etat, « La Porte de L’Enfer ». Dans son atelier, il s’attèle à la tâche. Camille Claudel (convaincante Izia Higelin) apparaît, dialogue avec le maître et propose modestement de se mettre à son service. Les corps entrent dans un ballet qui parait chorégraphié la caméra de Christophe Beaucarne guide notre regard, voyageant au coeur de l’espace et essayant irrémédiablement sa présence ; la présence d’un point de vue observant.

La première scène donne le ton : filmée en un seul plan séquence, elle dessine la ligne de représentation à laquelle Jacques Doillon nous demande d’adhérer, voyageant au coeur d’une réalité qu’il fantasme et dont il saisit l’impossible naturel. Rodin et Claudel ne semblent-ils pas encore amants, tant leur complicité est distanciée, que ce statut s’impose rapidement. Nous découvrons plusieurs Rodin et appréhendons l’homme et l’artiste au fil de leurs interactions… Dépourvus de repères temporels dès lors que nous ne connaissons pas les dates de mises en oeuvre et de livraison des oeuvres sur lesquelles le sculpteur travaille, nous sommes rapidement perdus face à des instants de vies qui s’additionnent ou ponctuellement se répondent…

Rodin

La froideur de Rodin – voire la difficulté que nous avons à comprendre ce qu’il baragouine – nous amène à nous rattacher aux femmes de sa vie : Rose dont il refuse de reconnaître l’enfant (magnifique Séverine Caneele) et Camille Claudel dont l’élan passionnel et la folie naissante nous sont presque jetés au visage – ce qui est d’autant plus dommage(able) que Doillon esquisse son avortement. Elles demeurent malheureusement – mais justement – au second plan. Nous aussi.

Devrions-nous être admiratifs devant une lumière naturelle au point de paraître naturaliste que la mobilité du cadre nous fatigue conduisant sans cesse à un manque de netteté d’une image ouverte à une profondeur de champs non exploitée. Le son aura l’avantage de nous tenir éveillés tant il peut être abrupte. Toutefois, lorsqu’ils ne sont pas inaudibles, les dialogues, qui sont le seul élément nous permettant de découvrir Rodin au-delà des gestes performatifs de Vincent Lindon, sont incompréhensibles demandant une contextualisation dont s’émancipe la démarche ou une sensibilité qui paradoxalement échappe au protagoniste.


Rodin: Trailer HD st nl par cinebel

RODIN

Réalisation : Jacques Doillon
France / Belgique – 2017 – 119 min
Distribution : Cinéart
Drame historique

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

Rodin DoillonRodin - affiche

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