Critique : Rock’N Roll

On 20/02/2017 by Nicolas Gilson

L’auto-dérision est un art que Guillaume Canet maîtrise habilement. Il le prouve avec ROCK’N ROLL, une comédie hallucinante où il met en scène son quotidien qu’il caricature à outrance. Monsieur Cotillard évoque ce faisant la crise de la quarantaine en revenant sur sa propre carrière, son couple ou le fantasme de la célébrité – d’un côté et de l’autre des couvertures de magazines. Auto-centré sans jamais être nombriliste, le film parle tout à la fois du microcosme de la production cinématographique, de son évolution et de celle d’une société (la nôtre) dominée par la normalisation, la « publicité » et la quête d’une éternelle jeunesse.

Comme pour rappeler qu’il s’agit d’une fiction, Guillaume Canet ouvre son film sur les coulisses d’un tournage. Tandis que le générique défile, le comédien se fait attendre sur le plateau. Il a un problème de taille, ou plutôt de couille, qui le retient dans sa loge. D’entrée de jeu, il croque son quotidien sans crainte du ridicule et noircit le trait en se retrouvant dans des situations improbables qui ne sont pas pour autant gratuites. C’est ainsi qu’on le découvre monter (mal) à cheval, être appelé « Monsieur Cotillard » ou croiser sa mère un peu trop protectrice…

Rock'n roll - guillaume canet - marion cotillard

Il joue avec la réalité et brouille les pistes avant même que le moindre réel enjeu narratif ne prenne place – si ce n’est cette couille qui lui fait mal. L’intimité qu’il partage avec Marion Cotillard et qu’ils tentent de préserver est rapidement mise en scène pour notre plus grand plaisir car l’un et l’autre en prenne pour leur grade. L’actrice jadis hantée par le fantôme d’Edith Piaf se dévoile en femme au foyer (néo-bobo tout de même) qui s’investit à fond dans la préparation de son nouveau rôle – une féministe québécoise – au point de se fondre littéralement dans le personnage. Bref, c’est gratiné.

Mais le propos du réalisateur ne consiste pas en un enchaînement de blagues potaches (même s’il y va à fond) et trouve matière dans l’image que Guillaume Canet (le personnage) perçoit de lui dans les propos de sa jeune partenaire de tournage : « t’es pas très Rock ». Vexé, le jeune quadragénaire cherche à comprendre ce qui justifie ce jugement catégorique. La surprise est alors de taille lorsqu’il apprend qu’il a chuté dans « la liste de ceux qu’on aimerait bien se taper »… Il serait donc ringard ? Le personnage agit au premier degré et le réalisateur au second (et au-delà) : Guillaume Canet veut se faire une image de rockeur au grand dam de son entourage et pour le plus grand plaisir de la toile qui immortalise, publie et partage ses excès.

Rock'n roll - guillaume canet

L’imagination de Guillaume Canet semble sans limite. En se mettant en scène, il se moque de l’égo des comédiens – qu’il présente comme démesuré – et ancre son délire dans les questionnements foncièrement universels du formatage du corps et de la phobie du vieillissement (voire de toute idée de maturité). Le scénario est ficelé avec brio, ponctué de délires oniriques ou de séquences franchement émouvantes. Car, dans son délire, l’homme se révèle amoureux et sublime littéralement Marion Cotillard qui apparaît, comme lui, sans limite… à la différence que, contrairement à lui, elle n’est jamais pathétique. Dans le jeu avec la réalité, Guillaume Canet se révèle proprement masochiste, sans crainte du trop plein qui se révèle nécessaire : en tuant tout égo, il se met à nu (avec son petit bedon).

Hyper dynamique dans sa première partie, le film s’essouffle quelque peu avant de retrouver son rythme. Une respiration nécessaire afin de dépasser l’hypothèse même de la comédie. À l’instar de la démesure du scénario, les idées de mise en scène sont savoureuses et trouvent leur équilibre entre réalisme et artifice suranné. Le travail de montage est particulièrement habile tant il permet de voguer dans l’esprit de Guillaume Canet tout en nous en distanciant afin de prendre conscience de la folie qui l’emporte. À l’issue de la projection, une impression s’impose : Guillaume Canet a allumé le feu !

ROCK’N ROLL
♥♥♥
Réalisation : Guillaume Canet
France – 2017 – 123 min
Distribution : Lumière
Comédie

rock n roll affiche poster

Rock'n roll critique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>