Critique : Remember

On 08/06/2016 by Nicolas Gilson

Il est des films que l’on préférerait oublier – ou même ne jamais avoir vu – pour garder de leur réalisateur une image (plus) positive. REMEMBER (au titre évocateur) en fait partie. Mettant en scène un homme atteint d’Alzheimer décidé à assassiner un soldat nazi responsable de la mort de sa famille à Auschwitz, Atom Egoyan évoque un de ses sujets le plus cher, le devoir de mémoire. Témoignant d’une approche vindicative et démonstrative au point d’être manipulatrice, le réalisateur ancre un discours véhément dont la substance (fondamentale) est inattaquable. Tout le contraire du scénario de Benjamin August sur lequel il repose.Remember - Christopher Plummer

Au dernier jour de la Shiv’ah consécutive au décès de son épouse Ruth, Sev s’enfuit de la maison de retraite dans laquelle il est résident. Son ami Max lui rappelle la promesse qu’il s’est faite et lui remet une lettre comportant tous les détails nécessaires au voyage qu’il entreprend. Plus encore, l’homme, en fauteuil-roulant et sous respirateur, est une véritable boussole pour Sev, maitrisant à distance chaque étape de son périple. Bientôt armé, Sev se met à la recherche de Rudy Kurlander, nom d’emprunt de l’ancien nazi qui a massacré les siens. Mais quatre personnes ayant immigré à la même période aux Etats-Unis portent ce nom…

« You must do what you said you’ll do. »

Doucereusement misérabiliste en son point de départ, le scénario qui laisse présager un jeu de manipulation est dominé par l’esprit de vengeance. Aussi paradoxal soit-il – dès lors que Sev n’a plus toute la fonctionnalité de sa mémoire jusqu’à ne pas se souvenir de son nom – celui-ci anime à la fois le protagoniste et Max. Tous deux partagent une même histoire et portent sur leur dos la douleur d’un peuple. La fragilité de Sev, interprété de manière mimétique par Christopher Plummer, en fait un parfait objet au service d’une démonstration. Une cruelle impression qui se déploie au fil du développement jusqu’à éclater en un rebondissement qui sera le seul miroir narratif – effet pourtant récurrent chez le réalisateur qui a été plus inspiré par le passé.

remember-de-atom-egoyan-venise-2015

Malheureusement, auparavant, l’intrigue, qui questionne lourdement la culpabilité (ou non) des nazis d’alors et l’antisémitisme contemporain ne semble éviter aucun écueil : il suffit d’épingler le personnage du collectionneur d’objets à la gloire du troisième Reich dont le berger allemand s’appelle Eva pour donner une idée très précise de la subtilité déployée. Alors que l’on devrait se réjouir d’apercevoir, au fil du trajet de Sev, l’esquisse d’un prisme pluriel de la réalité des camps de concentration (notamment avec l’évocation – en un mot – de la déportation des homosexuels), on est abasourdis d’être rendus témoins de la dégénérescence d’un homme que le réalisateur ne semble pas aimer – jusqu’à nous le montrer gêné de s’être pissé dessus. Une impression trop prémonitoire…

Non content de prendre – littéralement – le spectateur au piège, Atom Egoyan déploie la manipulation à travers l’angélisme des plus jeunes (de la petite fille de Sev le questionnant sur la rencontre avec sa grand-mère à la fillette lisant sa lettre ou plutôt ses ordres de missions), la faiblesse apparente des plus vieux, des flash-back à dessein anxiogènes, une orchestration musicale pathétique ou encore les vertiges de certaines séquences faisant écho à l’imagerie de la solution finale (du train emprunté pour la fuite à la fumée assimilée aux pommeaux de douche). Paraît-t-il un temps dresser une satire de l’hypothèse même de la vengeance qu’il en fait in fine l’apologie.

REMEMBER
Souviens-toi

Réalisation : Atom Egoyan
Canada / USA – 2015 – 94 min
Distribution : eOne
Drame

Venise 2015 – Sélection Officielle en Compétition

Remember - afficheRemember - de la manipulation remember-Plummer

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