Critique : Pop Aye

On 04/07/2017 by Nicolas Gilson

Au fil de son premier long-métrage, la réalisatrice singapourienne Kirsten Tan nous convie à un road movie singulier qui se dessine comme une réflexion sur le temps qui passe et sur le devenir du monde. Ces enjeux peuvent-ils paraître pesants que la réalisatrice insuffle au film une dynamique d’une vive légèreté. Joyeusement coloré et délicieusement orchestré (musicalement), POP AYE touche l’enfant qui sommeille au fond de nous, questionne qui nous sommes et nous confronte à qui nous aurions voulu (ou voudrions) être. Fortiche !

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Un homme d’une cinquantaine d’années et un éléphant font route ensemble. Ils forment un drôle de duo, assez mal assorti au vu de la tenue de l’homme. Ils embarquent dans un camion, mais l’homme doute de l’honnêteté du chauffeur. Il cherche à descendre et le voilà bientôt au milieu de nulle part, dans la campagne thaïlandaise, avec l’éléphant nommé Pop Aye. Qu’a-t-il donc fait pour en arriver là ?

Kirsten Tan explose d’entrée de jeu la narration saisissant dans une apparente déconstruction le ressenti de son protagoniste tout en l’exacerbant. L’homme se prénomme Thana, il est architecte et participa à la splendeur de Bangkok en étant le responsable de projets considérés aujourd’hui comme dépassé. Relégué au placard par la jeune génération qui considère que « le vieux doit laisser place au nouveau », il est désillusionné dans sa vie professionnelle comme privée. Son mariage bat de l’aile – sa femme préférant son smartphone à toute communication et un accessoire phallique à tout échange corporel. Qu’a-t-il donc fait pour en arriver là ?

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La loi du genre le veut, le road movie se veut introspectif et parsemé de rencontres. La première, engendrant le basculement narratif premier (et la déraison certaine de Thana), est celle avec Pop Aye – Thana en est sûr, c’est l’éléphant qui fut son ami d’enfance. Elle le conduit à fuir son quotidien, à s’enfuir, à se fuir lui-même.

Peu à peu, le film, nourri de flash-back et parsemé de quelques séquences pop (à l’instar d’une savoureuse publicité), trouve sa temporalité. L’évolution temporelle devient le témoin de celle de la réflexion de Thana et guide la re-construction narrative (résultant de la complexité d’un montage pourtant fluide). Au fil de son voyage, envisagé avec sensibilité, Kirsten Tan nourrit l’approche d’une réflexion sur le devenir d’un monde de plus en plus consumérique, gangréné par quelques jeux de pouvoir et de normativité à tout va, où tout devient jettable – y compris les relations humaines. L’ensemble est littéralement orchestré avec panache tandis que les retrouvailles attendues déchirent amoureusement le coeur.


Pop Aye: Trailer HD VO st bil par cinebel

POP AYE
♥♥
Réalisation : Kirsten Tan
Singapour / Thaïlande – 2017 – 102 min
Distribution : Imagine Film
Road Movie

Pop Aye affiche

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