Critique : Petit Paysan

On 17/10/2017 by Nicolas Gilson

Empli d’humour, PETIT PAYSAN nous emporte pourtant au coeur de la réalité d’un éleveur de vaches laitières qui tente comme il le peut de sauver une exploitation familiale alors qu’il doit faire face à la possible contamination de ses vaches par un virus qui en demande l’extermination. Lui-même fils d’agriculteurs, Hubert Charuel signe un premier long-métrage puissant au fil duquel il nous plonge au coeur d’un thriller riche d’une tonalité singulière où se côtoient l’onirisme, l’ironie, le suspens et un réalisme saisissant. Trouvant une juste distribution en travaillant avec des acteurs professionnels comme non-professionnels, le réalisateur offre à Swann Arlaud un rôle à la fois physique et mental dans lequel l’acteur est foudroyant.

bloodymilk - petit paysan - rêve

Pierre (Swann Arlaud) s’investit corps et âme dans son travail. Tandis que sa soeur Pascale (Sara Giraudeau) a étudié la médecine vétérinaire, il a repris la ferme de ses parents aujourd’hui à la retraite – mais toujours bien présents, même un peu trop. Comme eux, il a l’amour du métier et connait par coeur ses 29 bêtes dont l’une est sur le point de vêler. Craintif face à une épidémie qui sévit depuis peu, il se rend compte qu’une de ses protégées est contaminée, mais il ne peut se résoudre à l’idée de voir son troupeau être exterminé.

Hubert Charuel porte le choix d’ouvrir son film par une note onirique alors que Pierre se réveille. Il nous fond se faisant à ses pensées, dominées par les vaches autour desquelles se rythme son quotidien, afin de mieux nous happer dans sa réalité. Celle-ci est dépeinte habilement en mettant en exergue la dimension relationnelle qui anime tant Pierre que le réalisateur. Faisant clairement le deuil de la vie qu’il a choisi de ne pas mener en ne reprenant pas l’exploitation de ses parents, Hubert Charuel signe une ode littéralement fabuleuse à un métier qu’il porte malgré tout en lui comme à des « petites gens » qu’il caractérise avec autant d’amour que d’ironie – fort de pouvoir rire avec eux de la complexité d’une situation qu’il parvient à transcender.

Il assoit un cadre hyper réaliste tout en soulignant l’humour contenu dans les situations à l’instar des plats préparés pour Pierre par sa mère et soigneusement étiquetés jour par jour. Célibataire, le trentenaire partage toujours ses repas de midi avec ses parents qui rêvent de le voir convoler avec la boulangère (irradiante India Hair)… Au fil des interactions de son protagoniste, Hubert Charuel propose une photographie saisissante de la réalité des agriculteurs d’aujourd’hui entre survivance des petites exploitations et développement semi-industriel des autres. Mais loin de signer un banal portrait, il nous plonge dans une logique de thriller dès lors que Pierre porte le choix de cacher la contamination de l’une de ses vaches. Un élément d’autant plus problématique qu’il implique malgré elle Pascale, tiraillée par l’amour qu’elle porte à son frère. Tragédie laitière.

Si le scénario co-écrit avec Claude Le Pape est lumineux, l’approche l’est tout autant. Parvenant d’emblée à nous fondre au ressenti de Pierre, Hubert Charuel trouve dans un cadre serré celui d’une dimension organique au coeur de laquelle les gestes du personnage font sens – dans leur répétition comme dans la mise à mal de celle-ci ou de toute logique. Le réalisme de la mise en scène est-il saisissant que le réalisateur flirte ponctuellement avec le genre anticipant avant d’ancrer le basculement vers lequel, nous le sentons, court Pierre. Et si le drame s’inscrit, cela se fait dans une légèreté salvatrice. Saisissant.

PETIT PAYSAN
♥♥(♥)
Réalisation : Hubert Charuel
France – 2017 – 90 min
Distribution : September Film
Comédie dramatique

Cannes 2017 – Semaine de la Critique – Séance Spéciale

affiche_petit_paysan

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