Critique : Patti Cake$

On 29/08/2017 by Nicolas Gilson

C’est à l’éveil d’une jeune fille à elle-même que Geremy Jasper nous convie au fil de PATTI CAKE$, son premier long-métrage, une ode rap à l’affirmation de soi dans la réalité des banlieues d’une Amérique moribonde. Épousant l’énergie de sa protagoniste, une amatrice de rap qui « slame » comme personne, le réalisateur transcende son « beat » parvenant tout à la fois à nous fondre à son ressenti et à l’effervescence du style musical qui lui permet de s’exprimer. A-t-il la couleur trop commune d’avoir la célébrité pour seul espoir (de s’en sortir) que le rêve américain n’est pas mort : We will be legendary !

patticakes_still

Patricia Dombrowski (aka Patti Cake$ aka Killa P.) se rêve en star du hip-hop ; en déesse couverte d’or qui trouverait sa place auprès de son pygmalion, O-Z. Serveuse dans un bar lugubre au fin fond du New Jersey où sa mère, Barb, a pour habitude de retapisser les toilettes, elle tente de subvenir aux besoins d’une famille marginale et s’occupe de sa grand-mère, seul réel pilier qu’elle aime profondément. Avec son meilleur ami Jheri qui lui insuffle son beat, elle refait le monde à la mesure de ses slams… jusqu’à tenter, de battle en concours, de s’aventurer dans la lumière.

I thought I could be someone

Avant même de rencontrer Patricia, nous découvrons Patti Cake$ au rythme de sa prose et de ses rimes, dans un univers clippé et clinquant (bling bling) à souhait. Elle en impose et nous séduit d’emblée, qu’importe la couleur du vocabulaire. Elle s’affirme, s’impose littéralement, tout en se faisant dominer par celui qu’elle semble considéré comme un Dieu, LE rappeur O-Z. Véritable vidéo musicale, la prime introduction nous fond au fantasme de Patricia qui s’évapore sitôt qu’elle se réveille et fait face à son quotidien. Une réalité photographiée avec brio et sans misérabilisme par Geremy Jasper qui dépeint un univers en demi-teinte assez commun, entre une mère désabusée et alcoolique, et une grand-mère qui, faute de moyens financiers suffisants, a perdu toute indépendance. Bienvenue au coeur de la banlieue délaissée du New Jersey.

Patti Cakes

Doit-elle faire face à une certaine misère que Patricia s’en échappe jusqu’à s’envoler. La musique définit son univers tout en transcendant, déjà, son ressenti. Elle semble servir de moteur à l’approche esthétique qui, de la mise en scène au montage, entre découpage affuté et effets clippés de zoom, épouse pleinement son énergie. Deux mondes se répondent et ne forment pourtant qu’un : la réalité de Patricia et celle de son double fantasmé. L’une est mal dans sa peau malgré ses certitudes, l’autre domine le monde sans le moindre doute. Telle une funambule, Patricia doit trouver l’équilibre entre une réalité où elle sait s’enliser et un rêve d’autant plus difficile à atteindre que seuls son meilleur ami et sa grand-mère croient en elle. Un équilibre qui, une fois atteint, qu’importe les erreurs, pourra lui permettre d’oser faire un grand saut.

Si la trame narrative n’est guère novatrice et n’évite pas quelques grosses ficèles (notamment autour du personnage de Barb), Geremy Jasper a le mérite de ne pas tomber dans le misérabilisme et de parvenir à photographier une situation terriblement réaliste avec une légèreté décapante – des gros problèmes des soins de santé aux USA au sexisme. Il esquisse un portrait enchanteur et stimulant qui se révèle être un véritable hymne à l’émancipation – le tout au rythme de slams époustouflants d’une actrice non moins saisissante, Danielle Macdonald (qui domine un casting prodigieux).


Patti Cake$: Trailer HD VO st FR/NL par cinebel

PATTI CAKE$
♥♥(♥)
Réalisation : Geremy Jasper
USA – 2017 – 108 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

Cannes 2017 – Quinzaine des Réalisateurs

Patti Cake$ poster belgiquePatti Cake$

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>