Critique : Paris Pieds Nus

On 12/03/2017 by Nicolas Gilson

Tout à la fois clowns et danseurs, Fiona Gordon et Dominique Abel ont imposé au fil de leur filmographie un style singulier en transposant au cinéma la magie d’un univers aujourd’hui théâtral qui demande aux spectateurs de faire appel à leur imaginaire. Si c’est un peu sans surprise que PARIS PIEDS NUS s’inscrit dans la lignée de L’ICEBERG, RUMBA et LA FEE, il est peut-être nécessaire d’adopter un regard neuf afin de nous laisser prendre au jeu. Evoquant les grands burlesques dont le duo peut légitimement se revendiquer, le film, qui peine quelque peu à trouver son rythme, nous confronte à l’absurdité de toute existence (lorsque le temps nous rattrape pour nous dire que nous n’en avons plus) offrant à Emmanuelle Riva un ultime rôle dont le caractère taquin et malicieux nous subjugue.

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A 88 ans, Martha (Emmanuelle Riva) panique lorsqu’on veut l’interner en maison de repos. Elle lance un appel de détresse à l’intention de sa nièce Fiona (Fiona Gordon), une bibliothécaire canadienne, qui débarque bientôt à Paris pour lui venir en aide. Mal dégourdie, Fiona se perd dans la ville, égare son sac et constate que sa tante a disparu. Pour couronner le tout, au fil de ses péripéties, elle fait la rencontre de Dom (Dominique Abel), un clochard gauchement séducteur dont elle a du mal à se défaire…

Nous confrontant d’emblée à la logique d’une comédie surannée, Fiona Gordon et Dominique Abel nous demandent d’être les complices de leur création. Ils recourent aux couleurs qui leur sont chères et retrouvent une certaine frontalité qui assoit l’hypothèse de représentation. Ils nous invitent à pénétrer un petit théâtre plus commun que connu où le corps est l’instrument, souvent mal accordé, des personnages.

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Tantôt réaliste, tantôt fantasque, le décor de Paris, de la Statue de la Liberté à la Tour Eiffel, devient le trait d’union entre les mondes que les réalisateurs mettent en scène ; entre la magie de l’imagination et la cruauté de l’existence, entre la vie et la mort.

Construit comme un chassé-croisé autour de trois principaux personnage – Fiona, Dom et Martha – le scénario prend vie au fil des interactions enchainant les situations jusqu’à leur épuisement, sans crainte des répétitions qui permettent de révéler les hiatus ordinaires qui offre à toute vie une emprunte romanesque. Du burlesque des situations émane la poésie qui confère à PARIS PIEDS NUS l’enchantement et la force d’une fable qui questionne notre rapport au corps et au temps ; notre humanité aussi.

PARIS PIEDS NUS
♥(♥)
Réalisation : Dominique Abel & Fiona Gordon
Belgique / France – 2017 – 83 min
Distribution : Cinéart
Poème burlesque

Paris pieds nus affiche

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