Critique : Okja

On 28/06/2017 by Nicolas Gilson

Production des mieux ficelée, OKJA est tout à la fois une satire (assez caustique), un conte et un pamphlet (paradoxal) contre la société de consommation au coeur duquel Bong Joon Ho n’hésite pas à comparer l’élevage intensif de bétail aux camps de concentration. L’ensemble manque-t-il de rythme que certaines séquences sont des plus savoureuses offrant notamment à Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal et Paul Dano la possibilité de camper des personnages déjantés. Au centre de ces aventures rocambolesques au symbolisme appuyé, une révélation : Seo-Hyun Ahn qui rend crédible et humanise au-delà des effets spéciaux le personnage d’Okja, son cochon géant.

Okja Bong Joon Ho

À la tête d’une multinationale agro-alimentaire, Lucy Mirando (Tilda Swinton) propose en 2007 un projet révolutionnaire d’élevage de cochons au potentiel génétique « 100% naturel » exceptionnel. La business woman a un rêve qui éradiquerait la famine et blanchirait l’image catastrophique de l’entreprise familiale. Un leurre habilement orchestré en manipulant opinion publique et médias. 10 ans plus tard, à la veille de la commercialisation d’une prouesse issue de la modification génétique, s’ouvre un combat entre David et Goliath. Petite fille d’un éleveur à qui l’entreprise a confié un des spécimens, la jeune Mija (Seo-Hyun Ahn) se révèle prête à tout pour sauver de l’abattoir son super cochon et meilleur ami, Okja, lorsque l’entreprise le lui reprend.

La séquence d’ouverture donne le ton. L’esthétique est impeccable : tout est millimétré, savamment découpé et monté avec soin. Le réalisateur nous montre Lucy Mirando en représentation, habile communicante dont le responsable media a pesé chaque mot. Elle est à l’image de la mise en scène – ou est-ce l’inverse – magistralement artificielle, mais admirable ; outrancière et impeccable, grotesque et pourtant convaincante. Le projet nous est dévoilé. Nous en devinons la finalité et nous découvrons surtout qu’il s’agit là de « poudre de perlimpinpin » et que le dessein de l’entreprise est autre. Le cynisme s’impose, le rire aussi. Bong Joon Ho se moque habilement de moutons que nous pouvons être en noircissant à peine le trait – dans le rôle du Docteur Johnny Wilcox, spécialiste vétérinaire et non moins produit médiatique, Jake Gyllenhaal est excellent.

Signé par Jon Ronson sur une idée originale de Bong Joon Ho, le scénario permet au cinéaste de voyager à travers les genres en modulant graduellement son approche esthétique. Le spectacle s’impose. Mija est aventurière et intrépide, elle n’a pas froid aux yeux et parvient à préserver détermination et naïveté aussi bien face aux vilains hommes de main de la multinationale qu’aux militants du « Front de Libération des Animaux ». Si l’approche est manichéenne, à l’exception de Mija et d’Okja, personne n’est épargné. La satire en est d’autant plus savoureuse.

Toutefois le « message » du film est trop évident voire balourd lorsque la critique de l’élevage intensif se risque à la comparaison avec les camps d’extermination. Un élément qui pourrait être intéressant s’il était developpé et ne s’imposait pas dans un énième axe narratif où les illogismes sont légion. La magie opère néanmoins.


Okja: Teaser HD VO st fr par cinebel

OKJA
♥♥
Réalisation : Bong Joon Ho
USA / Corée du Sud – 2017 – 118 min
Distribution : Netflix
Aventure / Fantastique

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

Okja Okja Cannes 2017 Okja - Jake Gmise en ligne initiale le 22/05/2017

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