Critique : Nelly

On 29/09/2016 by Nicolas Gilson

Portrait atypique d’une auteur singulière, NELLY nous emporte dans l’univers fantasmagorique de Nelly Arcan, romancière québécoise dont le premier roman remporta un succès critique et publique fulgurant. Ouvrant un dialogue entre la femme et son oeuvre, Anne Emond construit un film infiniment organique au sein duquel les frontières entre la réalité et la fiction disparaissent. En dépeignant une femme multiple, au rythme de ses sensations et de ses personnages, la réalisatrice transcende tout à la fois la douleur et la passion inhérentes à la création. Troublant.

Nelly-compétition-fiff-2016

Isabelle Fornier s’accomplit dans l’écriture qu’elle nourrit de son ressenti autant que de son vécu. Dans son processus de création, la frontière entre fiction est réalité est trouble, perméable. Son premier ouvrage fera sensation. Elle le signera du nom de Nelly Arcan, un pseudonyme qui devient lui-même un fantasme d’accomplissement (Nelly étant notamment plus jeune qu’Isabelle). Le succès considérable du roman présenté comme une auto fiction sera en un sens le clou de son cercueil, l’accueil plus timoré que le public réserve aux ouvrages suivant étant vécu par l’écrivaine comme un échec cruel.

Condensant dans la scène d’ouverture la douleur et la force de son héroïne, Anne Émond en souligne la fragilité et, déjà, la personnalité. À travers l’évocation d’un épisode évoquant l’enfance de la protagoniste, la réalisatrice exacerbe la difficulté à s’affirmer dans l’adversité et, plus encore, la castration. Sur une estrade, une fillette entame un playback (sur une chanson de Dalida qui se veut symbolique) et ose exprimer sa propre voix. Une introduction aussi hypnotique que glaciale où s’inscrit une dynamique esthétique nous mettant tout à la fois à distance du personnage et nous fondant à ses vertiges. Un mouvement récurrent qui participe à l’organicité du film.

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La singularité de l’approche repose sur la déconstruction du récit qui entremêle la vie d’Isabelle à celle de Nelly et de ses personnages romanesques. Ce faisant, Anne Émond s’approprie l’oeuvre de la romancière qui, entre évocation et projection. Nelly se révèle tandis que l’oeuvre de l’auteur interpénètre sa vie et son processus de création – ou est-ce l’inverse ?

Portrait d’une personnalité singulière, NELLY devient aussi celui d’une femme confrontée à l’âpreté d’un monde qui attend des femmes un silence entendu. Tour à tour « putain », « folle » et « enfant », l’héroïne au visage multiple projette sa propre mort. Une mise en abîme que se reapproprie majestueusement la cinéaste qui révèle Mylène MacKay, éblouissante dans l’interprétation de l’auteure et de ses personnages « miroirs ».

NELLY
♥♥
Réalisation : Anne Emond
Canada – 2016 – 100 min
Distribution : /
Portrait sensible / Biopic

FIFF 2016 – Compétition

Nelly - Anne Emond - affiche

Nelly-FIFF2016

 

 

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