Critique : Mother !

On 07/09/2017 by Nicolas Gilson

Après avoir revisité le mythe de Noé (NOAH, 2014), Darren Aronofsky abandonne la ligne vainement démonstrative qui fit le succès de BLACK SWAN (2010) et retrouve pleinement la singularité d’un style. Habile metteur en scène, il signe avec MOTHER ! un tableau baroque qui nous fait voyager au coeur d’un délire graduellement outrancier, flirtant timidement avec le cinéma de genre avant de virer pleinement dans le symbolisme. Derrière un scénario a priori complexe et des répliques impayables, le réalisateur propose une nouvelle lecture apocalyptique au coeur de laquelle il questionne la Création et nous confronte à l’humanité qui, trop encline à l’adoration, court à sa propre perte. Seule certitude : nous ne voudrions pas nous perdre dans les méandres de son esprit au risque de nous y retrouver enfermés à jamais.

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Dans une vaste demeure isolée, une femme (Jennifer Lawrence) s’attèle à en finir la rénovation – ou plutôt la reconstruction – tandis que son époux (Javier Bardem) est en manque d’inspiration. Jadis adulé, l’écrivain – ou créateur – s’attèle pourtant à la tâche. L’arrivée d’un homme (Ed Harris) perturbe bientôt la tranquillité du foyer : la femme voit d’un mauvais oeil cette intrusion qui semble toutefois animer le travail de son mari. L’inconnu malingre est bientôt rejoint par son épouse (Michelle Pfeiffer), perverse et démoniaque, et leur deux fils belliqueux. C’est le début de la fin.

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Darren Aronofky ouvre son film sur le visage d’une femme plongée dans les flammes. Un regard frontal qui surprend le nôtre autant qu’il le soutient. Deux plans de valeurs différentes focalisent ainsi d’emblée notre attention. Tandis qu’un homme pose un étrange cristal en forme de coeur sur un socle métallique, une charpente rongée par le feu reprend vie ; une maison entière se réanime tout comme une femme qui sort bientôt de son sommeil. Véritable objet domestique – tant par ses courbes soulignées sous une robe rendue translucide que par ses actions – la femme veille à ce que le foyer de son mari « en pleine création » soit le plus chaleureux possible… Le réalisateur esquisse une tonalité mystérieuse (merci la musique) et rend la maison d’autant plus inquiétante qu’il en fait littéralement battre le coeur lorsque la femme en touche les murs.

Fort de mettre en place cette couleur, le réalisateur fait entrer ses personnages dans un théâtre métaphorique (des plus biblique). Un inconnu frappe à la porte et, séduisant autant que flattant l’auteur, en nourrit l’inspiration. Reléguée au second plan, la femme peut aller se coucher. Elle est témoin de choses de plus en plus étranges – comme cette blessure qu’a l’inconnu près des côtes – dont son mari ne semble pas se souvenir le lendemain, l’isolant plus encore. Arrive alors l’épouse de l’homme, animée de luxure et trop curieuse pour être honnête… et enfin leurs enfants prêts à s’entretuer. La femme vit-elle cela comme une violation que son époux trouve enfin matière à la création, la laissant se consumer. Le délire s’ancre. Dieu, la Terre, Adam, Eve, Caïn, Abel et toute l’humanité (ses cultes comme ses guerres) engendrent un nouveau prophète et un nouveau déluge…

Outrancier à souhait, le film ne cesse de se moduler courant d’un délire à l’autre. Alors que nous sommes rendus spectateurs d’une grossière farce (tant les personnages principaux sont creux), la mise en scène est littéralement explosive et vertigineuse. Rions.

Le scénario se conctruit en tableaux, épousant le point de vue qu’une femme dont le délire semble s’ancrer incommensurablement. L’équilibre relationnel premier s’efface pour faire place à l’égocentrisme d’un homme trop fier de lui pour prendre garde aux risques de toute adoration. Le réalisateur met toutefois en place trop de pistes narratives qu’il ne développe pas pleinement ensuite ou abandonne platement. La ligne est plus confuse que toufue ; la métaphore évidente ; le sens trop complexe – bien que franchement évident ensuite. Le discours se veut-il sérieux qu’il se révèle risible – si les répliques de Michelle Pfeiffer sont magistrales tant elle leur donne une résonnance particulière, celles du créateur sont caricaturales comme jamais. Mais en voulant dénoncer le caractère inhumain des hommes, le réalisateur le met en scène sans aucune retenue nous confrontant notamment à un viol auquel semble consentir la victime (un non sens qui donne envie de vômir, mais n’ennuie guère la protagoniste).


Mother!: Trailer HD VO st FR/NL di cinebel

MOTHER !
♥(♥)
Réalisation : Darren Aronofsky
USA – 2017 – 120 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Délire apocalyptique

Venise 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

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