Critique : Moonlight

On 31/01/2017 by Nicolas Gilson

Adaptation de « In Moonlight Black Boys Look Blue » à travers lequel le dramaturge Tarell Alvin McCraney contait le récit de son émancipation, MOONLIGHT est le portrait, sous la forme de chroniques, d’un afro-américain qui, tandis qu’il est persécuté par ses camarades, s’éveille à lui-même. Signant un film en trois actes et offrant trois visages à son protagoniste, Barry Jenkins dessine, derrière la rhétorique de son scénario, la réalité d’une partie de la population étasunienne généralement absente au cinéma. Le sujet est fort, l’approche paradoxalement trop lisse.

moonlight-barry-jenkins-Little

MOONLIGHT, c’est l’histoire de Little (Alex R. Hibbert) qui fuyant ses camarades croise la route de Juan (Mahershala Ali), le baron de la drogue local. L’enfant qui vit avec seul avec sa mère voit en lui en père de substitution et trouve chez lui un refuge lorsque nécessaire. Objet de moquerie de la part de ses condisciples, Little lui demandera ce que certaines insultes signifient. Nous comprendrons alors, avant lui, le travail qui devra être le sien.

Le premier mouvement du film tend d’abord à impressionner l’atmosphère dans laquelle les personnages évoluent. C’est ainsi que nous découvrons Juan sur « le terrain » avant même de rencontrer le protagoniste de l’histoire. Avec efficacité (trop sans doute), Barry Jenkins dessine au fil de scènes la réalité qui rythme le quotidien de celui que l’on surnomme Little. Souffre-douleur des gamins du quartier, il doit faire face à une mère abusive, prête à tout pour s’enfuir grâce au crack. La caractérisation des personnages est quelque peu caricaturale mais fait mouche. Si le jeune Alex R. Hibbert est éblouissant, le personnage qui se détache de ce premier axe est étonnamment celui, secondaire, de Juan dont l’humanité nous transperce, dépassant alors les clichés (à la fois scénaristiques et esthétiques) sur lesquels s’appuie le réalisateur.

Moonlight-Chiron

Après une ellipse, nous retrouvons le personnage à l’adolescence. Little fait place à Chiron (Ashton Sanders). Ce nouveau mouvement est certainement le plus dense et le plus impressionnant du film. Si le dialogue est un refuge trop aisément employé par le réalisateur pour glisser des informations, nous sommes bientôt confrontés à l’éveil amoureux et sensuel (plus que sexuel) du protagoniste, troublé par une aventure avec un autre garçon. La violence de la réalité où prend place l’action est plus qu’un décor et rattrape littéralement Chiron. Alors qu’il peine à respirer, comment peut-il accepter le désir qui l’anime ?

Alors que l’écriture est réfléchie, Barry Jenkins ne donne pas de temps à ses plans et ne permet pas à l’action de vivre par elle-même ni aux sentiments d’émerger. Malgré l’envie notable de composer de « belles images », le réalisateurs ne leur offre que rarement le temps de respirer, pensant peut-être par là transcender l’urgence qui anime, encore et toujours, son personnage.

barry_jenkins_Black

Le dernier axe nous confronte à Chiron devenu adulte. Aujourd’hui surnommé Black (Trevante Rhodes) il pense être émancipé mais se rend soudainement compte que ce n’est pas le cas, qu’il se ment. À nouveau informatif, le dialogue devient peu à peu l’objet-même de la représentation dès lors qu’il permet au protagoniste d’enfin s’exprimer, d’enfin mettre des mots sur ses sentiments. Il est toutefois regrettable que la mise en scène n’acte pas de ce basculement et se réfugie dans une dynamique assez pauvre de champs/contre-champs (dont l’unicité de l’axe donne l’impression que les regards ne sont jamais raccord).

À l’instar de l’approche esthétique, l’emploi de la musique est ambivalent au point d’acter d’une bipolarité riche de son organicité et pauvre d’un caractère platement atmosphérique. A vouloir trop insuffler de personnalité à son film, Barry Jenkins nous perd en route. Nous demeurons toutefois éblouis par un casting magnétique – à l’exception de Naomie Harris.

MOONLIGHT
♥/♥♥
Réalisation : Barry Jenkins
USA – 2016 – 111 min
Distribution : KFD
Chroniques d’une émancipation

Moonlight - poster - affichemoonlight-Little

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