Critique : Money Monster

On 12/05/2016 by Nicolas Gilson

Dans la foulée de THE BIG SHORT ou encore de 99 HOMES, MONEY MONSTER fait écho à la crise économique qui gangrène les USA et plus largement le sociétés capitalistes. Un sujet que Jodie Foster envisage sous l’angle pluriel du divertissement, le film reposant sur le logique très efficace de thriller tout en mettant en scène la consommation médiatique contemporaine.

Alors que l’émission « Money Monster », présentée par Lee Gates (George Clooney impayable) et réalisée par Patty Fenn (irradiante Julia Roberts), vient d’entamer sa diffusion, un homme (Jack O’Connell) s’immisce sur le plateau et prend l’animateur en otage. Il exige que la transmission en direct du show dédié à la finance ne soit pas interrompue et, parant Lee Gates d’un gilet d’explosifs, menace de le faire exploser dans le cas contraire. Sous la contrainte, le programme continue devant des millions de téléspectateurs…

Money Monster 01

Avant que toute action ne s’inscrive, Jodie Foster nous confronte à la logique de l’infotainment où les affres financiers et les vertiges du trading deviennent des sujets que l’on aborde avec légèreté dès lors qu’on sait comment les vendre. En toile de fond, le bug informatique subi par une société jusque là sûre et prospère, un sujet d’information moqué par Lee Gates qui est pourtant l’objet principal de son émission du jour.

Nous confrontant aux coulisses du show, Jodie Foster ironise alors gentiment sur cette nouvelle façon de faire de l’information avant d’introduire sans trop de finesse le suspens. Rompant ce faisant d’emblée toute possible logique de huis-clos, elle nous confronte à l’arrivée dans les locaux de la chaine de télévision d’un « nouveau livreur » dont les intentions malveillantes s’imposent avant qu’il ne posent le moindre geste par l’emploi tout atmosphérique de la musique. En somme, la propre logique narrative et esthétique de la réalisatrice repose sur une distillation de l’information similaire au formatage médiatique dont elle fait l’écho. Qu’importe, le piège se referme et, non sans que le casting n’y soit étranger, nous sommes captivés non tant par la prise d’otage qui prend place que par l’inscription d’une critique sous-jacente du comportement des masses (dont nous faisons partie).

Si la caractérisation des personnages est quelque peu caricaturale au point qu’ils paraissent tous clichés, elle participe à une satire générale qui a le mérite de mettre le doigt sur un véritable cancer sociétal tout en proposant un divertissement efficace. C’est ainsi « mine de rien » que les affres d’une réalité qui dépasse la fiction s’inscrivent à l’instar des commentaires des policiers appelant à libérer les otages avant de tuer leur ravisseur. Jodie Foster envisage la situation sous les regards multiples d’une société globale de l’équipe technique de télévision au magnat financier incriminé en passant par les équipes d’interventions, les badauds qui préfèrent instragrammer au risque de perdre leur vie et des pirates informatiques qu’elle nous sert sur un plateau d’argent.

L’écriture tend à l’efficacité quitte à se révéler « globalement » assez pauvre. Il en est de même de l’approche esthétique assez mosntrative. Mais le divertissement fait mouche et sa chute, plus amorale que moralisatrice, est paradoxalement jouissive dans la mesure où elle transcende un message acerbe à l’égard d’une société « libérale » en perdition dominée par l’argent et le pouvoir qu’il confère à quelque(s) élite(s). Un pavé dans la marre ?

MONEY MONSTER
♥(♥)
Réalisation : Jodie Foster
USA – 2016 – 100 min
Distribution : Sony Picture Belgium
Thriller

Cannes 2016 – Sélection Officielle Hors-Compétition

money monster affiche belge - 1

Money Monster 02

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