Critique : Mon Ange

On 01/05/2017 by Nicolas Gilson

Fils de prestidigitateur, Mon Ange a la particularité d’être invisible. Depuis sa naissance, seule sa mère le voit ou du moins seule elle peut le voir car Mon Ange demeure caché dans sa chambre d’hôpital… jusqu’au jour où, comme appelé par les notes de musique jouées dans la maison voisine par Madeleine, il se risque à pointer le bout de son nez dehors. « Il est invisible, elle est aveugle »… et ils jouent à cache-cache ! Voilà qui est inénarrable. Pourtant Harry Cleven gage de le mettre en scène. Mal lui en prend. « Je vivrai les yeux fermés s’il le faut », dira Madeleine. Mieux vaut, en effet.

MON_ANGE00086400

En cosignant le scénario du film de Jaco Van Dormael, LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT, Thomas Gunzig transposait au cinéma son univers singulier et drôlatique où voyagent des personnages esquissés au gros trait et nourris de poésie. Une tonalité qui trouvait écho dans l’univers du réalisateur – et inversement – tant l’un et l’autre s’avéraient reconnaissables mais convergeaient en un même point. La chronique cinématographique faisait mouche. Avec MON ANGE, le fantasque fait place au fantastique, et n’en a rien. Le trait est à nouveau épais, mais sa légèreté s’épuise, se révèle abyssale, jusqu’à nous assommer. Le duo formé par Gunzig et Cleven ne convainc guère.

L’idée de base est à la fois poétique et ludique : un gamin invisible et une fillette aveugle tombent amoureux l’un de l’autre en jouant à cache-cache. Aussi grotesque soit-elle la farce tient du fantastique dès lors qu’un doute s’esquisse quant au réalisme de la situation. La mère de Mon Ange l’a-t-elle réellement mis au monde ou est-il le fruit de son imagination ? Madeleine partage-t-elle réellement avec lui cette complicité unique ou le fantasme-t-elle ? Toutefois le choix dictatorial de mettre en scène ce récit en adoptant presque exclusivement le point de vue de Mon Ange lui ôte de facto toute féérie comme tout caractère fantasmagorique. Aucun doute n’est possible quant à son existence – le film vit uniquement (ou presque) à travers sa voix et son regard – ce qui se révèle désespérant tant la psychologie des personnages est nulle.

MON_ANGE00086431

Il s’agit d’y croire. Mais encore faut-il le vouloir voire le pouvoir. L’évolution est grossière tant à l’absence de psychologie des personnages répond une succession de situations pathétiques qui manquent cruellement de crédibilité (de la naissance de Mon Ange à son éducation – on lui apprend que le O est rond comme la bouche qu’il ne voit pas – aux sentiments absolus qui le lient à Madeleine en passant par une sexualité où Madeleine n’est qu’un vecteur). Peut-être est-ce secondaire, néanmoins de ce constat transparaît une plate objectualisation du corps féminin tant le personnage de Madeleine n’est qu’une entité aveugle (bien au-delà de sa prime cécité) voire un réceptacle.

Sous un autre angle de réalisation sans doute eut-elle pu apparaître plurielle et confuse. En optant pour le point de vue subjectif de Mon Ange (contrebalancé, ponctuellement par un point de vue distancié des plus démonstratif et nourri pour son irritant commentaire), Madeleine n’est qu’en attente, avec pour seul espoir et certitude son amour de jeunesse. Sans partager ni cet espoir ni ses certitudes, nous sommes également en attente… du générique de fin qui, seconde après seconde, tarde à s’inscrire et faire taire la pénible orchestration musicale.

MON ANGE

Réalisation : Harry Cleven
Belgique – 2016 – 4.680 sec
Distribution : Imagine Film
Fantastique

BIFFF 2017

mon ange afficheMON_ANGE00086417

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>