Critique : Merci Patron !

On 08/05/2016 by Nicolas Gilson

Réalisateur et principal protagoniste de MERCI PATRON, François Ruffin s’attaque, non sans humour, à la figure emblématique de Bernard Arnault. Envisageant comme point de départ la demande de naturalisation belge du patron du Groupe LVMH, le rédacteur en chef du journal Fakir se donne d’entrée de jeu une mission : réconcilier la France d’en haut avec la France d’en bas. Eclairant, drôle et humain, un document(aire) coup de poing.

Ce sont les minorités agissantes qui font tout !

La mise en place est houleuse. L’adresse directe de François Ruffin et son humour singulier demandent à ce qu’on lui accorde le bénéfice du doute. La qualité esthétique n’est pas vraiment là, les idées débordent et le parti-pris est un peu trop évident. Toutefois le militantisme s’impose rapidement comme l’objet même du film et à mesure qu’une tonalité piquante se dessine la division de la France en une société à deux classes gangrénée par la culture du profit des uns et la soif de pouvoir des autres (souvent les mêmes) s’impose.

les_klur_-_barbecue_2De rencontres en rencontres, François Ruffin ne cesse de remercier avec ironie et sarcasme la figure du patron qui ferme les usines, délocalise et réforme un empire pour le plus grand plaisir de ses actionnaires. Tâtonnant dans la mise en place de sa démonstration documentaire, François Ruffin fait une rencontre qui devient aussi passionnante pour lui que pour tout spectateur – et citoyen : la famille Klur. Une famille comme tant d’autres dont la situation permet de démythifier un système dont la compromission n’a d’égale que les divisions qu’il engendre.

Une rencontre décisive qui motive l’écriture jusqu’alors palpable du film. Le cas de cette famille est similaire à celui de beaucoup : un couple au chômage, englué dans une spirale infernale où se mêlent dettes et malchance. Une famille qui étouffe, suffoque ; une famille emblématique de cette autre France au-dessus de laquelle se place Arnault et le système. Proprement interventionniste, François Ruffin s’immisce dans leur quotidien les poussant à adresser leur désespoir au responsable de leur situation. Une lettre est alors envoyée au patron que tous ne peuvent alors que remercier.

Le virage pris par le film est alors saisissant voire hallucinant : si François Ruffin ne s’impose guère comme grand documentariste, il a le mérite de nous immiscer au coeur même d’un thriller singulièrement extra-ordinaire. Merci Patron en effet, car grâce à toi le militantisme reprend sens. Merci Patron car sortir du marasme et de la dépression semble possible. Merci Patron car tu montres que toi aussi tu es faillible. Merci Patron pour ton humanité. Merci MERCI PATRON.

MERCI PATRON

Réalisation : François Ruffin
France – 2016 – 84 min
Distribution : O’Brother
Documentaire

Merci patron affiche

merci patron

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