Critique : Men & Chicken

On 27/03/2016 by Nicolas Gilson

Une décade après l’éblouissant ADAM’S APPLE (2005) et l’hilarant THE GREEN BUTCHERS (2003), Anders Thomas Jensen revient pour notre plus grand plaisir à la réalisation. Le scénariste phare du cinéma danois, complice notamment de Susanne Bier, signe avec MEN & CHICKEN une comédie désopilante servie par un casting détonnant.

Au décès de leur père, deux quadragénaires découvrent qu’ils ont été adoptés. Apprenant le nom de leur géniteur, ils se mettent à sa recherche et découvrent qu’il habite sur une petite île isolée. Une fois sur place, une surprise de taille les attend : trois frères plus tarés les uns que les autres.

men_and_chicken_still_-_h_2015

Ancrant une logique de conte avec un prologue, Anders Thomas Jensen donne rapidement un ton caustique à son approche. La découverte des personnages se fait non sans sarcasme : tandis que Gabriel (David Dencik) est toléré, plus qu’accueilli, au chevet de son père mourant, Elias (Mads Mikkelsen) donne rendez-vous à une psy histoire d’économiser une consultation. L’approche est d’emblée savoureuse. Si le trait semble épais, la dynamique de mise en scène offre au film une couleur tout à la fois burlesque et étonnamment réaliste malgré l’artificialité apparente.

Les deux frères se révèlent-ils marginaux qu’ils semblent l’un et l’autre proprement « tarés ». Elias est en demande d’affection et ressent sans cesse le besoin de témoigner sa virilité. Gabriel, lui, se réfugie dans la science et préférerait tenir son frère loin de lui compte tenu de son caractère un peu trop « expressif ». Clopin-clopant ils se mettent en quête de leurs origines. Un parcours qui permet au réalisateur d’aborder l’agonie des zones peu peuplées au Danemark – à l’instar de l’île où les frères se rendent – sous un angle sardonique.

Men-Chicken-Featured

Brillamment ficelé, le scénario se révèle d’une grande richesse. Anders Thomas Jensen ne mettant jamais rien en place gratuitement. Poussant à son paroxysme l’isolement de l’île et de ses habitants – tous plus tarés les uns que les autres – ils caractérise soigneusement ses personnages. Leurs tocs semblent-ils grossiers qu’ils sont autant d’éléments qui attisent peu à peu notre curiosité alors que Gabriel et Elias se mettent en quête de leur histoire familiale. La rencontre avec leurs frères, vivant dans un ancien sanatorium investi depuis des années par un père « qu’il ne faut pas déranger » sous peine d’être jeté au cachot, est mirifique. L’imagination débordante du réalisateur semble sans limite et se révèle des plus jouissive.

La comédie s’impose-t-elle avec délectation que le film est également emprunt de suspens. Suggéré par les ponctuations musicales, celui-ci guide la ligne narrative du film. Car si Elias, heureux d’intégrer une fratrie, se laisse distraire par ses frères, Gabriel tient coûte que coûte à comprendre pourquoi ils sont tous orphelins de mère…

L’interprétation de l’ensemble du casting est admirable tant chacun des comédiens campe avec sérieux, sous des costumes improbables et dans des décors aussi fantasques que fantastiques, des personnages qu’ils rendent attachants malgré leur inquiétante folie. Jubilatoire !

MEN & CHICKEN
♥♥♥
Réalisation : Anders Thomas Jensen
Danemark / Allemagne – 2015 – 104 min
Distribution : Imagine Film
Fantaisie burlesque

BIFFF 2016 – Film d’Ouverture

Men & chicken affiche posterMænd og høns (Anders Thomas Jensen, DK, 2015)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>