Critique : Maman A Tort

On 22/11/2016 by Nicolas Gilson

Figure singulière du cinéma français, Marc Fitoussi signe avec MAMAN A TORT une nouvelle comédie aigre-douce qui nous réchauffe le coeur autant qu’elle ne nous le déchire. Epousant le regard et l’énergie d’une adolescente de 14 ans le temps de son « stage de troisième », le cinéaste soigne autant ses dialogues que ses décors afin de nous immerger au sein d’un microcosme dont le caractère universel se veut fascinant. Élégamment désuet, son cinéma se révèle une nouvelle fois des plus moderne.

Anouk (Jeanne Jestin) pensait faire son stage d’observation sur un plateau de télévision. Mais comme de coutume, comme dirait sa mère Cyrielle (Emilie Dequenne), il est impossible de compter sur son père. Pour son grand désespoir, elle se retrouve pour une semaine dans l’entreprise de sa mère, un compagnie d’assurances nommée Serenita. Lasse devant la tâche qu’on lui confie, l’adolescente ne perd rien de son mordant et s’aventure sur un terrain qui lui est pourtant interdit.

Maman a tort Marc Fitoussi

Avant que nous ne découvrions pleinement Jeanne, Marc Fitoussi nous y confronte en trois temps dans autant de sphères : parmi ses amis tandis qu’ils font la fête – un plan d’ouverture pour le moins emblématique, avec son père dans le cadre extérieur d’un restaurant et dans l’intimité de l’appartement où elle vit avec sa mère. Révélée par touches impressionnistes, l’adolescente s’impose à nous entre bougonnerie et rêverie.

Dessinant avec soin les contours de la relation unissant la mère et la fille, Marc Fitoussi nous invite à épouser le regard d’Anouk tout en observant ses réactions à mesure qu’elle pénètre l’espace à dessein stéréotypé du monde du travail. Réalisme et comédie s’unissent alors, au fil de la découverte de l’entreprise et de quelques unes des figures que côtoie Anouk – caractérisées avec soin et interprétées avec finesse. L’inutilité du stage en tant que tel s’impose-t-elle – la tâche d’Anouk consistant à ranger un placard – que l’observation devient le réel maître-mot du film. Serenita se meut en une lamelle d’une richesse inouïe que nous découvrons à travers la lentille d’un microscope.

Véritable objet d’étude pour le réalisateur, le microcosme de l’entreprise qu’il met en scène avec génie se meut en une critique intelligente de la société ; le reflet de ses écueils, de ses mensonges et de ses non-dits, mais aussi de l’espoir qui y demeure bien présent et qu’incarne Anouk.

Maman a tort critique

Légèrement surannée, la tonalité de l’approche est des plus singulière. La comédie demeure-t-elle présente d’un bout à l’autre du film qu’elle laisse ponctuellement place au drame, au fantasme et même à l’aventure (Anouk se nuant en petite détective) afin de nous secouer, de nous faire prendre conscience de la réalité amère du monde dans lequel on vit tout en nous glissant tendrement à l’oreille que rien n’est perdu si ce n’est notre naïveté mais pas nos rêves.

Construit selon la quasi unicité du point de vue d’Anouk, le scénario est « mine de rien » extrêmement complexe et bien ficelé. Marc Fitoussi nous confronte à la crédulité et à la naïveté d’Anouk, à ses mensonges aussi et à sa déraison, pour nous faire prendre conscience de notre propre aveuglement mais aussi de notre force. Et si « Maman a tort », elle a aussi ses raisons. Ce n’est donc pas pour rien que le cinéaste offre au personnage de Cyrielle quelques apartés nécessaires pour envisager la complexité de la situation et les failles d’un système dans lequel nous inscrivons nos pas.

Du choix des couleurs (vives dans l’opposition d’un bleu électrique et d’un jaune criard pour Anouk ; termes mais douces, comme délavées, entre beige et bleu ciel pour Cyrielle) à la finesse des dialogues, de la précision du découpage à l’élégance et à l’impulsivité des mouvements de caméra, Marc Fitoussi impressionne nos sens. A priori simpliste, la réalisation ne l’est absolument pas. MAMAN A TORT se révélant être un putain de stage d’observation, d’une rare violence mais nourri de respirations.

MAMAN A TORT
♥♥(♥)
Réalisation : Marc Fitoussi
France / Belgique – 2016 – 110 min
Distribution : O’Brother
Comédie dramatique

Maman a tortMaman a tort - jeanne Jestin Maman a tort - Jeanne JEstin et Emilie dequenne

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