Critique : Ma Vie de Courgette

On 17/10/2016 by Nicolas Gilson

Comme un instant supendu, MA VIE DE COURGETTE nous transporte bien au-delà de l’écran sur lequel il se projette. Le premier long-métrage de Claude Barras, scénarisé par Céline Sciamma, est éblouissant, nous conduisant du sourire aux larmes et des larmes aux (éclats de) rires alors qu’il nous confronte à la réalité des foyers pour enfants à travers leur regard. Le sujet est délicat, il est développé avec magie.

Parfois, on pleure parce qu’on est content.

C’est dans un drôle d’état d’esprit que Courgette est conduit au foyer pour enfants. Il croit en effet qu’il a tué sa maman. Une mort sur laquelle les adultes ne mettent pas de mots, préférant évoquer son « départ » jusqu’à l’imager « au ciel ». Comme ses nouveaux camarades, il pense qu’ils sont tous pareils et n’ont plus personne pour les aimer. Pourtant Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice ont bien des choses à découvrir. L’arrivée de Camille, qui subjugue presque fatalement Courgette, les poussera à expérimenter la vie…

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Au commencement, il y a la fin. Le quotidien de Courgette se résume en sa solitude. Alors que sa mère se saoule devant la télévision, il rêve avec les quelques outils à sa disposition : un cerf-volant et des canettes de bières. Le traitement est tendre voire joyeux. Derrière une apparente simplicité, technique et virtuosité font mouche. Les volumes, les proportions, les couleurs et l’assimilation de différents matériaux nous subjuguent. Et puis, déjà, il y a ces yeux… ces grands yeux tellement expressifs.

La fin conduit à un nouveau commencement. L’arrivée de Courgette dans le centre s’adoube d’une sensation commune d’un premier jour de classe, si ce n’est que les enjeux dépassent largement cette hypothèse – tant pour lui que pour nous. Il est d’abord question de confrontation, d’altercation même. Mais dans leur détresse, les enfants trouvent un terrain d’entente, un terrain source d’aventures…

La force du film est de nous fondre au regard des jeunes personnages et de partager tant leurs douleurs que leurs exaltations, sans détour – avec un réalisme rendu paradoxalement possible par l’animation. La justesse des dialogues se veut perturbante tant des termes anodins transcendent une toute autre réalité… Comme Courgette, Simon, Ahmed, Jujube, Alice, Béatrice et Camille sont dans le foyer à cause d’une histoire tragique. Toutefois, à travers le prisme de la « naïveté » de l’enfance, toutes ces réalités prêtent à faire sourire tout en nous foudroyant.

Enfin, la véritable prouesse de Claude Barras est de nous rendre à nouveau enfants, de redécouvrir l’amour à travers ses personnages – dans leur fantasme des relations amoureuses voire même sexuelles, comme dans l’expérimentation de l’amitié. Merveilleusement orchestré, MA VIE DE COURGETTE se meut en un voyage enchanteur.

MA VIE DE COURGETTE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Claude Barras
Suisse / France – 2016 – 66 min
Distribution : Cinéart
Animation

Cannes 2016 – Quinzaine des Réalisateurs

ma vie de courgette - affiche
Image 1mise en ligne initiale le 15/05/2016

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