Critique : L’Outsider

On 21/06/2016 by Nicolas Gilson

Après LA NOUVELLE GUERRE DES BOUTONS, Christophe Barratier s’intéresse avec L’OUTSIDER à la spirale qui a conduit, permis Jérôme Kerviel à jouer (trop) gros et dénonce ainsi un système aveugle qui dépasse largement la Société Générale dont les salles furent le théâtre de ses agissements. Malgré l’implication de son casting (et notamment d’Arthur Dupont et de Thomas Coumans), le réalisateur de LES CHORISTES et de FAUBOURG 36 signe un thriller en tout point démonstratif. Gentiment efficace.

La séquence d’introduction – certainement la meilleure du film – a l’intérêt de capter notre attention : confrontés au monde du trading, nous découvrons un licenciement et ses conséquences directes. Nous voilà huit ans plus tôt, dans un présent relatif, deux ans plus tard, un an encore… Inscrit ou évoqué, le temps file, défile tandis que l’action est simiesque, presque grotesque, pour exacerber une réalité et une atmosphère franchement pathétiques transcrite au fil d’une approche nerveuse (voire « épileptique ») qui témoigne de la folie des grandeurs et de la bêtise d’opérateurs de marché qui, à Paris comme ailleurs, paraissent être des joueurs. Une cour de récréation dont les billes régulent – ou déséquilibrent – le système banquier mondial.

L_Outsider_critique

Les grandes étapes de la carrière de Jérôme Kerviel au sein de la Société Générale sont esquissées brièvement en un mouvement laissant déjà présager sa chute puisqu’il est ponctué de séquences mettant en scène les auditions d’une commission d’enquête à son sujet – ces hommes de l’ombre censés faire la lumière sur l’affaire qui a failli faire basculer la banque.

Saisissant le taureau par les cornes, Christophe Barratier et son co-scénariste Laurent Turner initient une immersion au coeur du système bancaire et des plateaux où travaillent les traders. Présenté très schématiquement comme un passionné qui s’ennuie dans sa fonction – merci les dialogues – Jérôme Kerviel aura la charge d’assister une équipe avant de l’intégrer. Une « prémisse » qui permet aux scénaristes de caractériser un « milieu » de gros beaufs parmi lesquels un italien semble préparer divinement le café. Définis avec autant de subtilité que leur humour, les collègues de Kerviel paraissent être des requins, mus d’égocentrisme, qui progressent dans un univers carriériste attirés par l’appât du gain…

L'ESPRIT D'ÉQUIPE

Nous jetant à la figure une multitude de concepts qu’intègrent peu à peu le protagoniste, les scénaristes évoquent de manière superficielles les rouages d’un boulot qui devient proprement obsessionnel – à l’instar du personnage de Fabien Keller interprété (lourdement ou avec hystérie) par François-Xavier Demaison, ils n’ont pas Wall Street Institute tatoué sur le front. Un parcours « fou » où s’immisce en quelques scènes une romance prétexte à quelques notes psychologiques… Bref, aussi efficace soit-elle, la construction manque de volume.

Malheureusement, ce n’est pas l’approche esthétique qui permet à Christophe Barratier de l’insuffler. Exacerbant l’exaltation au fil d’un montage clipé (et d’un quantité saisissante de plans) et trouvant dans un musique de fosse quelque élan mental, la réalisation est sans personnalité. Jolie métaphore du devenir du monde.

L’OUTSIDER
•/♥
Réalisation : Christophe Barratier
France / Belgique – 2016 – 117 min
Distribution : Athena Films
Thriller

BRFF 2016 – Avant-Première

L'outisder - Christophe Barratier - afficheL'ESPRIT D'ÉQUIPE

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