Critique : Lola Pater

On 05/08/2017 by Nicolas Gilson

« Viens embrasser ta maman ». C’est avec pudeur, en nous fondant au chagrin d’un fils devant faire face au décès soudain de sa mère, que Nadir Moknèche ouvre LOLA PATER. Un deuil qui ravive celui, incomplet et impossible, d’un père disparu 25 ans plus tôt sans laissé de traces. Devenu la femme qu’il a toujours été, ce paternel, qui aurait préféré mourir avant, se sent à présent le devoir d’expliquer son absence, de crier son silence. Parvenant à trouver un réel équilibre entre ses personnages, le réalisateur compose un récit à deux voix au coeur duquel la relation père-fils devient le véritable protagoniste. Forte d’une délicate simplicité, l’approche est gorgée de romanesque. La vie est un roman.

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Au décès de sa mère, Zino (Tewfik Jallab) se décide à retrouver son père, Farid, qu’il n’a plus vu depuis 25 ans. Il traverse le pays à moto avec pour seul indice une adresse communiquée par le notaire en charge de la succession. Sur place, à défaut de Farid, il fait la connaissance de Lola (Fanny Ardant) qui, par surprise autant que par embarras, ne lui avoue pas qui elle est. Née dans un corps qui n’était pas le sien, Lola est Farid. Mais comment le dire à celui qu’elle fut contrainte d’abandonner ?

En quelques plans, Nadir Moknèche pose le cadre du deuil. Il impressionne la douleur de Zino à travers son silence. Le temps semble se suspendre tandis que les déambulations d’un chat – celui de la défunte – offrent le souffle nécessaire au personnage pour un ultime adieu. Le contexte devient alors le moteur d’une narration dont le réalisateur nous rend complices. Si c’est pour une raison purement pratique que Zino se met en quête de son père, la rencontre de Lola ancre un basculement vers une dynamique scénaristique oscillant entre Zino et Lola afin d’en saisir (et d’en révéler) les doutes comme les aspirations – retardant la rencontre que nous espérons alors que les personnages doivent accepter que cet instant ne sera pas tel qu’ils l’ont fantasmé, espéré ou redouté.

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Le récit que le réalisateur compose s’écrit avec ses comédiens. Tewfik Jallab nourrit Zino de ses silences et d’une certaine nervosité, toujours contenue. Le réalisateur l’observe, saisit ses gestes, mesure ses silences. Si son quotidien parle tant de la personne que d’une génération, le jeune homme se révèle dans ses interactions à l’instar de sa relation avec sa petite amie (éblouissante Lucie Debay), de la complicité mise à mal avec sa tante ou de l’hésitation qui l’habite alors qu’il découvre autant son père que qui est Lola bien au-delà de ce lien de sang. Parallèlement, il offre à Fanny Ardant d’incarner une femme qui porte en elle une histoire riches de ses identités qu’elle intègre, transcende, raconte ou fantasme aussi. À dessein iconique, Lola permet au réalisateur, au sein de la représentation, de tendre à l’onirisme – autant d’envolées pleines de candeur.

Tissant un double portrait à mesure que, non sans doutes, courent l’un vers l’autre ses personnages, Nadir Moknèche appréhende avec pudeur la décision prise par Farid de devenir Lola et la complexité d’une situation qui la mena d’Algérie à Paris et de Paris en bord de mer ; qui le mena à fuir avec la femme qu’il aime avant de la quitter non sans l’aimer. « Être dans un corps qui n’est pas à toi, tu ne peux pas imaginer ce que c’est comme souffrance », dira-t-elle à Zino dont elle est si fière d’être le père. Une souffrance que Nadir Moknèche évoque avec respect en signant un conte simplement fabuleux.


Lola Pater: Trailer HD par cinebel

LOLA PATERNELLE
♥♥(♥)
Réalisation : Nadir Moknèche
France / Belgique – 2017 – 95 min
Distribution : O’Brother
Conte

Locarno 2017 – Piazza Grande

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