Critique : Lion

On 21/02/2017 by Nicolas Gilson

Adaptation de l’ouvrage autobiographique de Saroo Brierley, « A Long Way Home », LION met en scène le destin d’un enfant indien qui sera adopté par une famille australienne et décidera, adulte, de retrouver ses origines. Vendu comme « le nouveau Slumdog Millionnaire », LION nous prend littéralement au piège, nous enfermant dans un sentimentalisme effréné tant son scénario, sa mise en scène et son montage se veulent dictatoriaux. Aussi, en dehors de Dev Patel, nombreux sont les points communs avec le film de Danny Boyle et de Loveleen Tandan. Néanmoins, Garth Davis, qui signe ici son premier long-métrage de fiction, se révèle être un brillant artificier – rendant notamment à Nicole Kidman son âge réel (ce qui n’est pas une mince affaire) et ses boucles.

1986, à force d’insistance, Saroo accompagne son grand frère pour travailler de nuit. Bien qu’il soit trop jeune, l’enfant veut travailler pour aider sa mère. Toutefois, arrivé en gare, il tombe de fatigue. Son ainé le quitte, lui demandant de l’attendre là où il se trouve. Entre sommeil et vertige, Sarro se réfugie et s’endort dans un train qui l’emporte bientôt à des milliers de kilomètres de là, à Calcutta. Il se retrouve à la rue et, ne parlant pas hindi, il ne peut expliqué qu’il a été séparé de sa famille…

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Une succession de plans « cartes postales » ouvre le film. Au coeur des paysages que nous découvrons, se dresse bientôt Saroo dans une vallée aux papillons qui permet de relativiser la pauvreté dans laquelle il vit et dont il n’a alors pas pleinement conscience – dès lors qu’il s’agit de la norme. Haut comme trois pommes, il se rêve grand. Aussi, au coeur du malheureux paradigme familial (la misère ne peut pas être heureuse), il se révèle complice de son grand frère et amoureux de sa soeur comme de sa mère… Sous l’orchestration musicale, le piège est mis en place.

Vient ensuite la séquence dans la gare. Ce moment où Garth Davis met en scène les vertiges de l’enfant en insistant bien sur quelques éléments qui seront nécessaires ensuite. Etape par étape, intertitre après intertitre, l’enfant s’éloigne de son village d’origine. Nous sommes alors comme lui, pris au piège de ce train sans passager, qui s’arrête sans jamais ouvrir ses portes jusqu’à son point de terminus. Nous sommes aussi et surtout confronté à sa peur, à sa faim et à ses larmes. Alors, évidemment, lorsqu’il se retrouve seul à Calcutta, le coeur nous pince.

LION

Cependant, les grandes étapes de son malheurs sont étalées sans grande finesse voire caricaturée. Mais le monde vu à travers le regard d’un si jeune gamin n’est-il pas caricaturé et fatalement manichéen ? Avec autant d’insistance dans la mise en scène que de superficialité dans le développement narratif, nous n’échappons pas aux dangers auxquels Saroo est confronté… Jusqu’à la libération : l’adoption par une famille australienne.

Autant dire que la mise en place du récit est imposante. Et elle se complexifie quelque peu, toujours de manière superficielle, avec l’arrivée d’un second garçon dans la famille. Montage et intertitres font heureusement défiler le temps rapidement afin que les enjeux du films prennent enfin place : devenu adulte Saroo est obnubilé par le désir de connaître ses origines et Google Earth devient son seul ami…

Le récit est tendre, mais l’approche trop autoritaire – à la musique atmosphérique, garante de toute empathie, répond bientôt un montage parallèle larmoyant. Malgré une superbe photographie signée Greig Fraser et un travail très sensoriel du son, LION agace tant nous sommes confrontés à l’expression du désarroi des personnages plus qu’à celui-ci (malgré le trouble de Dev Patel comme les larmes de Nicole Kidman). Mais le pire, sans doute, est que cela fonctionne.

LION
♥(♥)
Réalisation : Garth Davis
Australie / Royaume-Uni / USA – 2016 – 118 min
Distribution : eOne
Drame inspiré d’une histoire vraie

Lion poster affichelion-concoursLion Rooney Mara

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