Critique : L’Idéal

On 13/06/2016 by Nicolas Gilson

Après L’AMOUR DURE TROIS ANS (2011), Frédéric Beigbeder signe avec L’IDEAL la réalisation d’une nouvelle adaptation d’un de ses romans. Mettant en scène Octave Parango, le protagoniste de 99 FRANCS (2007)¹, le film est une version so 2016 de « Au secours pardon »² – un titre qui pourrait valoir tout à la fois d’avis critique et de réaction, louable, de la part d’un réalisateur qui est loin d’être cinéaste.

Hédoniste devenu « scout », Octave Parango (Gaspard Proust) est appelé à la recousse par la plus grosse entreprise cosmétique, L’Idéal, pour en trouver la nouvelle égérie occidentale. Faisant équipe avec Valentine Winfeld (Audrey Fleurot), directrice artistique du groupe, il n’a que quelques jours pour mener à bien sa mission et contenter Carine Lang (Jonathan Lambert), l’intransigeante PDG de l’entreprise désireuse de se sortir aussi rapidement que possible d’un bad buzz malencontreux.

IDEAL-Audrey-Fleurot-critique

D’entrée de jeu le pire est à craindre. Lors d’un plan séquence âprement artificiel, le protagoniste s’adresse à nous en commentant ce qui est censé être l’évocation de son enfance. Moquant l’univers qu’il met en scène, Frédéric Beigbeder place savamment son magazine Lui avant de nous servir une panade indigeste qui a l’avantage de donner le ton et définir le programme. Propulsés dans la réalité d’Octave Parango, entre commentaires en voix-over et interpellations face caméra (un processus dont la mise en place ne conduit à ce point à rien qu’il sera abandonné en cours de route), nous découvrons une satire qui tient de la caricature dont le niveau d’humour demande de soulever les pieds.

Démonstratif et crétin, le scénario repose sur une succession de sketchs dont les dialogues, pourtant affutés, ne font pas mouche. Si en filigrane se dessine un message pro-femmes – ne nous risquons pas à salir le terme de féminisme – il est buriné au marqueur indélébile après un dégueuli de scènes d’une vulgarité crasse censées dénoncer l’effroyable monde de la mode que Beigbeder tourne ici en dérision. L’ensemble est en parfaite corrélation avec l’élégance de l’affiche. Si derrière la vaste caricature à laquelle l’auteur-réalisateur nous confronte nous apercevons la « tinderisation » de nos rapports sociaux, l’assimilation de la « consommation » dans tout échange, l’ensemble, nourri d’illogismes, se construit sans âme et dès lors se consomme sans appétit…

IDEAL-Gaspard-Proust-critique

On appréciera tout de même ponctuellement la dynamique de montage – surtout dans les parenthèses pseudo-documentaires qui ont au moins l’intérêt de susciter notre curiosité et nous demande de mettre en perspective l’histoire de L’Oréal, l’entreprise clairement épinglée derrière le système ici singé – qui offre au film quelque rythme (le sauvant d’un complet naufrage).

Tandis qu’en double de Frédéric Beigbeder Gaspard Proust est des plus convaincant (suscitant le même agacement ou, c’est selon, la même jubilation que l’on peut avoir devant le nanti en perpétuellement représentation), nous restons atterrés devant l’interprétation de Jonathan Lambert dans le personnage de Carine Lang – et autant reconnaitre que la démarche consistant à lui donner ce rôle nous échappe. Et quelle tristesse de voir Audrey Fleurot participer à une telle mascarade… Pardon, mais au secours.

¹ Adaptation réalisée par Jan Kounen du roman éponyme – « 99 francs », Frédéric Beigbeder, Ed. Grasset & Fasquelle, Paris, 2000
² « Au secours pardon », Frédéric Beigbeder, Ed. Grasset & Fasquelle, Paris, 2007

L’IDEAL

Réalisation : Frédéric Beigbeder
France – 2016 – 90 min
Distribution : Nexus Factory
ComédieL'ideal - affiche L'IDEAL-critique IDEAL-Frédéric-Beigbeder-critiqueIDEAL-Jonathan Lambert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>