Critique : Les Malheurs de Sophie

On 08/05/2016 by Nicolas Gilson

Après « Les Métamorphoses » d’Ovide (METAMORPHOSES, 2014) et « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette (LA BELLE PERSONNE, 2008), Christophe Honoré signe, avec la complicité de Gilles Tauraud au scénario, une nouvelle adaptation avec LES MALHEURS DE SOPHIE d’après l’oeuvre éponyme de la Comtesse de Ségur. Ce faisant, il s’attaque pour la première fois au délicat exercice de réaliser un film pour – et avec – des enfants. Alors que le récit est situé dans l’époque napoléonienne, la mise en scène atteste d’une (post)modernité détonnante où la dynamique de jeu, à la fois vérisimilaire et artificielle, est des plus contrastante.

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Christophe Honoré nous invite à replonger dans les aventures de Sophie au moment où elle reçoit sa fameuse poupée. Elle vit alors avec sa mère, entourée de domestiques aimants quoique agacés par son caractère effronté. Mais elle croque la vie à pleines dents et aime à découvrir ce qui l’entoure… quitte à faire des bêtises.

La première partie du film s’inscrit dans cette joie de vivre, contée par Baptistin – un personnage qui se meut en bonimenteur et s’adresse directement à nous. Au fil des épisodes, alors que Sophie s’amuse avec son cousin Paul et ses amies Camille et Madeleine, le départ pour l’Amérique se dessine. La mère de Sophie est déjà de plus en plus fatiguée tandis que son père trouve dans l’absence sa principale caractéristique. Tout en pensant son film pour les enfants, Christophe Honoré dépeint à merveille la réalité d’une époque en offrant notamment aux leur juste place et en soulignant le rôle prépondérant des femmes – mais aussi de l’Eglise – dans l’éducation des enfants.

Un basculement s’opèrera alors, autant d’un point de vue narratif qu’esthétique. La mère de Camille et de Madeleine, Madame de Fleurville reprend le rôle de narrateur. Elle nous conte le grand départ de Sophie et les grands malheurs qui en découlent. L’enfant est aujourd’hui éduquée par sa belle-mère, Madame Fichini, et nous la retrouvons bien changée. Un second mouvement dominé par la vitalité de Sophie pourtant rabrouée par l’horrible belle-mère s’écrit sous le regard bienveillant de Madame de Fleurville.

Proprement post-moderne, l’approche de Christophe Honoré semble à la fois inscrire l’hypothèse de la narration (citons les adresses directes, les séquences animées ou chantées) et effacer toute représentation tant les enfants ne paraissent pas jouer. Un paradoxe qui laisse presque fatalement penser à MARGUERITE ET JULIEN de Valérie Donzelli – autant dire que l’ensemble est semé d’écueils. Nous aimerions avoir l’âge de la principale héroïne pour pouvoir apprécier le film, mais manquons malheureusement, cruellement d’imagination.

Il nous faut toutefois épingler, outre l’interprétation exceptionnelle des enfants (et surtout de Tristan Farge), la dynamique de jeu de l’ensemble des comédiens qui se prêtent à un exercice périlleux – et notamment Muriel Robin qui offre volume et sensibilité à un personnage de plus déplaisant.

LES MALHEURS DE SOPHIE
♥/♥♥
Réalisation : Christophe Honoré
France – 2016 – 106 min
Distribution : Athena Films
Aventures


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