Critique : Les Beaux Jours d’Aranjuez

On 03/02/2017 by Nicolas Gilson

Décidé à expérimenter les possibilités du cinéma numérique et, notamment, la 3D, Wim Wenders propose avec LES BEAUX JOURS D’ARANJUEZ un exercice technique sublime qui n’en est pas moins, d’un point de vue narratif, aussi éprouvant que risible. Cette mise en abyme. Non. Cette apparition de l’origine du monde. Non. Ce dialogue métaphorique autour de la cavité féminine et de l’évocation d’Aranjuez. Et après? Où ? Quand ? Qui ? A dire vrai, on s’en moque.

Il y a des sons qui vont avec le calme, qui rythment sa temporalité.

Sous un patio, dans une riche demeure de campagne, une femme et un homme conversent. Elle répond à ses questions, se raconte, raconte sa sexualité, ses expériences, son expérience ; clame, déclame, sa vérité. À l’abri de la brise estivale, un écrivain projette cet échange, encre cette projection, fantasme ce dialogue irréel et métaphorique.

Les beaux jours d'ananjuez wim wenders

Retrouvant à l’écriture Peter Handke, le co-scénariste de son éblouissant LES AILES DU DESIR (Der Himmel über Berlin, 1987), dont il adopte ici la pièce de théâtre, Wim Wenders s’embourbe dans une mise en abyme au lyrisme crétin au point de paraître une pure parodie de tout auteurisme. Evoquant la sexualité avec l’imagerie d’un prête de campagne (ou pseudo-métaphorique), l’échange dialogique autour duquel se concentre, se tricote le scénario est inénarrable. L’interprétation, aussi louable soit-elle, est à ce point récitative que l’ensemble est platement affecté, artificiel voire chorégraphié. Qu’importe la profondeur des sujets abordés tant l’approche se veut abyssale.

Normalement il y a une petite construction en pierres dans les salines ?

Sans doute faut-il dépasser la narration – pourtant axe premier de la représentation – pour ressentir ce qu’impressionne le réalisateur. Après PINA et l’inégal EVERY THING WILL BE FINE, Wim Wenders s’intéresse une nouvelle fois à la profondeur et la texture d’un rendu en trois dimensions (à la photographie, le génial Benoît Debie). Offrant à la nature un premier rôle que semble gommer l’incessant dialogue, le réalisateur exacerbe les bruissements des feuilles jusqu’à transcender le souffle du vent. La lumière se veut littéralement solaire, le contraste entre l’ombre et l’éclat d’un éclairage naturel tend à un volume inédit. La maîtrise de Wim Wenders est à ce point mirifique qu’il signe des enchainements d’une rare fluidité, relevant notamment le défi des fondus enchaînés sur lesquels bien des réalisateurs de blockbuster se sont cassé les dents.

A l’approche visuelle vertigineuse – qui ancre ponctuellement une logique circulaire non dépourvue de sens – répond un travail sur le son étourdissant. Le vent nous parcourt doublement, littéralement l’échine. Mais il ne couvre malheureusement pas un échange qui se meut en une réflexion auteuriste absconse dès lors que la maîtrise de la langue française par l’auteur pose question…

Et après ? Qu’est-ce que tu vois dans la cabane, la cabane de la saline perdue ?

Les beux jours d'ananjuez critique

LES BEAUX JOURS D’ARANJUEZ

Réalisation : Win Wenders
France / Allemagne – 2016 – 97 min
Distribution : CCT sprl
Tragédie. Non, drame. Non. Pas un drame.

Venise 2016 – Compétition Officielle

Les beaux jours d'Aranjuez - affiche poster

Les beaux jours d'ananjuezmise en ligne initiale le 01/09/2016

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