Critique : Lean on Pete

On 01/09/2017 by Nicolas Gilson

Adaptant le roman Lean on Pete de Willy Vlautin, Andrew Haigh signe un scénario à la ligne claire dont il magnifie les enjeux à travers sa mise en scène. Véritable orfèvre, le cinéaste prouve une nouvelle fois la singularité d’une approche pourtant à l’apparente simplicité. Rendant passionnant un énième parcours initiatique, Andrew Haigh photographie une réalité qui dépasse la fiction en questionnant le sentiment de solitude, le paradigme familial, le devenir d’une certaine société occidentale ou la place qui y est réservée aux « individualités » pour mieux nous confronter à toute hypothèse de construction et de développement de soi.

Lean on Pete - critique

Adolescent solitaire, Charley (Charlie Plummer) vit avec son père (Travis Fimmel). Au lendemain d’un nouveau déménagement, il découvre qu’il y a un hippodrome non loin de chez eux. Fasciné, Charley trouve un petit boulot auprès de Del Montgomery (Steve Buscemi), un propriétaire de chevaux de course. Ne se rendant pas bien compte de l’univers dans lequel il évolue, Charley se lie d’amitié avec un coursier nommé Lean on Pete – a real pussy, selon Del.

Observant Charley et impressionnant ses gestes comme sa respiration, Andrew Haigh révèle sa réalité tout en nous fondant à son ressenti. Avec épure, il esquisse la situation complexe qui conduit à un nouvel emménagement. Complice d’un père qui endosse gauchement ses responsabilités et s’adresse à lui comme à un pote, Charley tente de trouver un équilibre. En quelques scènes seulement, nous faisons littéralement corps avec lui au point d’envisager son parcours à hauteur de son regard – en partageant ses possibles erreurs de jugement, sa naïveté, mais aussi sa force de caractère.

Lean on Pete - Charlie Plummer

Solitaire avant d’être livré à lui-même, l’adolescent se métamorphose sous nos yeux au fil de ses interactions. Il aura 16 ans lorsqu’il le prétendra, 15 (voire moins) lorsqu’il le confessera avant de nous convaincre d’être majeur… Le réalisateur parvient à saisir les multiples transformations du personnage campé admirablement par Charlie Plummer à mesure qu’il ancre un parcours riche au rythme du quel, derrière les sentiments amicaux qu’il développe pour (Lean on) Pete, se dessine un besoin d’amour et de dialogue.

Si la qualité du travail du chef opérateur, Magnus Jønck, s’impose (tant la photographie se veut sensationnelle), aucun élément n’est laissé au hasard. Le son participe ainsi pleinement à l’exacerbation du ressenti de Charley sans sombrer dans de vains artifices tandis que les quelques notes de musique aux tonalités graves suggèrent ce que le silence du protagoniste dissimule. Obtenant le meilleur de ses comédiens, le réalisateur parvient à dépasser toute idée de représentation alors que l’objet-même du film repose sur l’observation et l’évolution d’un personnage. Bouleversant et néanmoins magique.

LEAN ON PETE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Andrew Haigh
Royaume-Uni – 2017 – 121 min
Distribution : Imagine Film
Drame

Venise 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle 

Lean on Pete - Andrew Haigh

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