Critique : Le Marquis de Wavrin

On 24/10/2017 by Nicolas Gilson

Portrait d’un cinéaste et d’une époque, LE MARQUIS DE WAVRIN, DU MANOIR A LA JUNGLE est une aventure au coeur même de l’expérience cinématographique. Orchestré par Grace Winter et Luc Plantier, le documentaire évoque la conservation des films dont il émane pour transcender l’hypothèse de diffusion dont il est aujourd’hui objet. Partant de la question simple de savoir qui est un cinéaste injustement oublié par l’histoire, le film envisage qui il a été : une différence de temps qui se révèle passionnante à mesure que le voyage initié par les réalisateurs s’inscrit non seulement dans le temporalité du récit mais aussi de sa re-construction.

maquis rWavin portrait

A la veille de la première guerre mondiale, le Comte de Wavrin s’exile semble-t-il pour éviter la prison. Le noble a la gâchette facile et défend un peu vertement son territoire contre un gamin avide de cueillir quelques fruits. Les hypothèses sur sa fuite évoquées, ce sont rapidement les conséquences qui nous intéressent : un premier voyage vers le Haut-Amazone dont le jeune homme revient plein de clichés et de notes. Un voyage qui le meut définitivement en explorateur, curieux de découvrir de nouveaux mondes et leurs habitants. Jusqu’alors photographe, il devient cinéaste et témoigne d’une particularité liée à son rang : il filme sans compter ; sans mesure du métrage de la pellicule dont le coup n’est pas un souci à ses yeux.

La ligne didactique du film signe donc son portrait tout en soulignant l’importance et la singularité des quelques 6000 mètres d’images qu’il tourna entre 1920 et 1938. Mais la force réelle du film est de dépasser cet axe presque pédagogique en nous plongeant dans la réalité-même de ce qu’il convient de nommer, grossièrement, « la conservation des films ». LE MARQUIS DE WAVRIN, DU MANOIR A LA JUNGLE devient alors le témoin du travail aussi hallucinant qu’éblouissant de la Cinémathèque Royale de Belgique (et, dans ce cas précis, de Grace Winter).

le marquis de wavrin - fleuve

La mise en abyme de la fabrication du documentaire résume en quelques phrases, presque mine de rien, l’enquête minutieuse qui permet de recomposer, sur base d’hypothèses qui grâce à un recoupement d’informations se meuvent en certitudes, un film disparu. Un élément fascinant parmi d’autres puisque le documentaire ne se contente pas de contextualiser le travail du Marquis de Wavrin ou de le révéler (à nouveau) dès lors qu’il questionne la nature même des images qu’il nous permet de (re)découvrir.

Plusieurs voix se répondent parmi lesquelles celle du Marquis dont l’adresse de la plume permet de mettre en perspective la finalité de son discours. L’homme ne peut-il qu’avoir conscience de la « publicité » de son propos que celui-ci devient éclairant sur la pensée d’une époque en marge de laquelle l’homme s’est in fine inscrit.

Le Marquis de Wavrin, du manoir à la jungle
♥♥♥
Réalisation : Grace Winter & Luc Plantier
Belgique – 2017 – 90 min
Distribution : Cinematek
Documentaire

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