Critique : Le coeur régulier

On 18/04/2016 by Nicolas Gilson

Adaptant le roman éponyme d’Olivier Adam, Vanja d’Alcantara signe avec LE COEUR REGULIER un film d’une langueur monotone. Offrant à Isabelle carré un rôle délicat que l’actrice interprète avec grâce, la réalisatrice nous place trop à distance de son ressenti faisant de nous les témoins impassibles de son périple.

« I though you were dead »

Alice (Isabelle Carré) est lassée de son quotidien. Eteinte, elle se réveille au contact de son frère qui disparait presqu’aussitôt après lui avoir rendu quelque étincelle. Brisée, elle se rend sur ses traces au Japon. Apprenant que son cadet avait trouvé l’apaisement au coeur du village de Tojimbo, elle décide d’y aller.

le coeur régulier - isabelle carré

La réalité d’Alice ouvre le film. Perdue dans ses pensées, la femme est emprunte d’une mélancolie certaine que d’aucuns qualifieraient de dépression. Le regard perdu, lasse, elle est enlisée dans la froideur d’une quotidien au rythme régulier. Son mariage est à l’image de sa maison, bétonné et « impersonnel ». Ses enfants sont isolés dans la modernité d’un monde hyper-connecté dont elle demeure à distance. Une harmonie qui n’en est pas une. La respiration sera son frère, Nathan (électrisant Niels Schneider). Il brisera sa routine, l’emportera au-delà du temps et agira comme un électro-choc. Bien malgré lui.

L’exposition est efficace. Parait-elle affectée (voire rhétorique) qu’elle n’en est que plus banale, que plus commune. Brisée, Alice rebondit en prenant la fuite. C’est à distance d’elle-même qu’elle ne peut que se retrouver, que se rencontrer. Par désespoir, elle suite les traces de son frère. Une ellipse nous mène au Japon. La construction scénaristique s’enlise alors quelque peu, se distanciant heureusement, à l’image d’Alice, de l’efficacité première. La rencontre avec la petite amie de son frère la conduira à se rendre au bord des falaises de Tojimbo. Le temps semble suspendu…

« There is no sense, there is only life. Breath in, breath out ; that’s it. »

La trame narrative est alors cousue de fil blanc et se veut assez plate, trouvant dans le dialogue les enjeux ténus qui permettent à la protagoniste de prendre son envol. « Il n’y a aucun sens, il n’y a que la vie. Inspirer, expirer ; c’est tout. » Au lieu de nous habiter, le parcours d’Alice – ou son errance – nous irrite, et ce d’autant plus que l’incident moteur de son éveil à elle-même est d’une trivialité confondante. Mais la vie n’est-elle pas tout simplement triviale ?

Un temps la musique semble exacerber la psychologie d’Alice. Au coeur du prologue, elle est l’outil qui nous fond à son ressenti, attestant de la distance qui s’est immiscée entre elle et sa propre vie. Elle sera ensuite un élément assassin ancrant, au fil d’un emploi excessif, une pleine indolence.

Peine-t-il à trouver quelque rythme que le film devient lui-même la métaphore du parcours d’Alice. Je vous pensais morte lui dira-t-on. Faisant face à cette remarque, elle se fait face à elle-même. Elle sera son propre miroir. L’écriture, symbolique, transparait dans la composition des plans ; une composition emprunte d’une certaine poésie, semblant saisir sur le vif – et sous une lumière non-artificielle – la protagoniste lorsqu’elle est en communion avec la nature qui l’entoure.

LE COEUR REGULIER
(KOKORO)
•/♥
Réalisation : Vanja d’Alcantara
Belgique / Frnace – 2016 – 95 min
Distribution : O’Brother
Drame

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