Critique : Le Client

On 22/11/2016 by Nicolas Gilson

Renouant avec une approche naturaliste, Asghar Farhadi signe avec LE CLIENT (Forushande) une étude de caractères captivante sous la forme d’un saisissant thriller à deux voix. Mettant à mal la notion de moralité au fil d’un scénario habile, il questionne l’hypothèse du jugement selon qu’on le subisse ou qu’on le porte. Un film d’autant plus troublant que le réalisme de l’interprétation est entier.

Salesman

Emad et Rana sont contraints de quitter leur appartement situé dans le centre de Téhéran car l’immeuble où il se situe menace de s’effondrer. Ils acceptent d’emménager dans un logement surplombant la ville qu’un ami propose de leur louer. A peine ont-ils pris possession des lieux que l’intrusion d’un inconnu engendre un basculement dans leur vie. Tous deux sont désormais habités par un sentiment d’humiliation qui met leur couple à l’épreuve.

« C’est lors d’un déménagement que l’on se rend compte du poids de la culture. »

Ouvrant le film sur la mise en lumière d’un plateau de théâtre, le réalisateur frappe les trois coups de la représentation. A peine a-t-il attisé notre curiosité qu’il nous plonge dans la confusion qui habite Emad et Rana tandis qu’ils doivent évacuer leur immeuble. Nous les rencontrons alors que leur quotidien est mis à mal. Complices dans l’épreuve, ils partagent une même passion pour le théâtre et s’apprêtent à interpréter « La mort d’un commis voyageur » d’Arthur Miller. Asghar Farhadi s’intéresse à la relation qui unit le couple, qui dessine les contours de leur intimité. Une intimité qu’il met doublement à mal et devient l’enjeu central d’un étourdissant thriller. Un soir, pensant répondre à son mari, Rana déverrouille leur porte via l’interphone. Mais lorsque Emad rentre, tout bascule.

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Victime d’une agression, Rana refuse de mettre des mots sur ce qui lui est arrivé. Blessée dans son intimité, elle se sent humiliée tant face à son mari qu’à ses voisins qui l’ont trouvée dans une position dans laquelle elle ne se serait jamais montrée à eux. Détruite, elle refuse de porter plainte ce qui accroît tant la confusion d’Emad que la nôtre. Un refus qui ancre la douleur qui la fait vaciller. Elle affronte la situation en silence, tandis que Emad voudrait extérioriser son propre ressenti. Bientôt habité par un sentiment de vengeance, il décide de retrouver celui qui a agressé son épouse et de le confondre.

Tant Téhéran que l’appartement où le couple est contraint de continuer à habiter – où l’on découvre que vivait une femme de mauvaise réputation dont le métier se tait – deviennent le théâtre d’un surprenant thriller dont les principaux personnages ne parviennent plus à dialoguer. La rumeur populaire rattrape Rana et nourrit une amère folie et un besoin d’isolement – qui fait cependant écho à une violente mise en quarantaine, tandis que la « raison » de Emad, jusqu’alors éclairant enseignant, est mise à l’épreuve…

Bien que le dialogue avec le texte d’Arthur Miller manque de clarté dès lors qu’on ne le connait pas, Asghar Farhadi signe un scénario implacable lui permettant de soulever une multitude de questions de société qui transcendent la réalité d’une ville en plein bouleversement tout en faisant écho à l’universalité du sentiment d’humiliation. Poussant ses personnages dans leurs retranchements, il nous confronte à la folie des hommes et à l’aveuglement de l’absolutisme de leur comportement… pourtant ordinaire.

FORUSHANDE
Le client / The Salesman
♥♥(♥)
Réalisation : Asghar Farhadi
Iran – 2016 – 124 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition
Film Fest Gent 2016 – Galas & Specials

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