Critique : Layla M.

On 20/11/2016 by Nicolas Gilson

Véritable film témoignagne, LAYLA M. nous plonge dans la réalité d’une jeune musulmane néerlandaise qui se radicalise presque inéluctablement. Afin de questionner ce que d’aucuns qualifient de phénomène de société – ou devraient le faire – la réalisatrice Mijke de Jong met en scène le parcours d’une adolescente qui, faute de trouver sa place dans la société dont font pourtant pleinement partie ses proches, vascille vers l’extrémisme religieux. Un trajet que la protagoniste envisage vers la lumière qui se construit toutefois à la lueur de son aveuglement. Ausi confuse soit la réalisation, la finesse de l’écriture et la force d’interprétation du casting (emporté par Nora El Koussour) font mouche.

laylam_01

Nous découvrons Layla sur un terrain de football ou plutôt au bord de celui-ci alors qu’elle endosse la responsabilité de juge de touche. Passionnée jusqu’à l’emportement, elle digère très mal certains comportements qu’elle considère – non sans tort – comme racistes. D’origine marocaine, le jeune fille âgée de 18 ans est révoltée contre un sytème qu’elle perçoit comme injuste. Elle se rassemble auprès et avec d’autres musulmans afin de revendiquer le droit de vivre sa foi. Un droit qui lui est pourtant acquis et que tant ses parents que sa grand-mère ne remettent pas en cause. De plus en plus radicale, sa foi devient le gage d’un repli sur soi qui se fait toutefois au coeur d’une communauté auprès de « soeurs » et de « frères » qui se soutiennent. Pour vivre sa différence, elle décide de l’ancrer, nouant différemment son foulard et enfilant un niqab – un objet de provocation qui devient celui de sa révolution.

Afin de transcender la réalité de son personnage, Mijke de Jong opte pour en exacerber le ressenti. Le réalisation se module sans cesse afin de rendre compte de son vertige ou de son isolement, de son caractère impulsif comme de sa naïveté. La construction scénaristique se dessine comme un spirale qui éloigne viscéralement l’héroïne de ses références premières à mesure qu’elle intègre celle dessinée par ce qu’elle ne mesure pas être un embrigadement. Si le film s’ouvre après que le basculement vers celui-ci ait eu lieu, la réalisatrice parvient à révéler son intensification. Layla se meut-elle malgré elle en enrôleuse que sa nouvelle vision du monde ne cesse d’être nourrie par les outils (technologiques) d’une génération qui n’a plus foi en elle-même. Et si son parcours nous semble cousu de fil blanc, il est troublant de se rendre compte qu’elle ne peut s’en apercevoir. Là réside la force du film : ne pas juger, ne pas observer, mais faire corps, de manière évolutive, avec une jeune femme en quête d’amour qui, pensant avoir les yeux grand ouverts, doit apprendre à voir.

LAYLA M

Réalisation : Mijke de Jong
Pays-Bas – 2016 – 98 min
Distribution : Cinemien be
Drame

Toronto 2016
Black Movie 2017

Layla M

laylam_05

Critique - Layla M

Layla M. Critique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>