Critique : L’Avenir

On 29/03/2016 by Nicolas Gilson

Rien ne ressemble plus à un film de Mia Hansen-Løve qu’un film de Mia Hansen-Løve. Ethnologue de la bourgeoisie française, elle compose un cinéma nombriliste dont le questionnement se veut toutefois universel. Après s’être intéressée à la vie de son frère avec EDEN, la réalisatrice rend hommage à ses parents, professeurs de philosophie, ou plus particulièrement à sa mère. Et aussi ténus que peuvent paraître les enjeux de L’AVENIR, la réalisatrice observe la vie, les interactions de ses personnages et en questionne la mélancolie, les moments de joie et d’espoir, mais aussi la fuite. D’une langueur monotone…

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Nathalie (Isabelle Huppert), professeur de philosophie – aimée de ses élèves autant qu’aimante à leur égard – mène une vie bourgeoise heureuse. Mère de deux enfants et a priori épanouie sentimentalement, elle est pleinement accomplie professionnellement en étant par ailleurs par ailleurs responsable éditoriale d’une publication d’ouvrage philosophique et l’auteur d’un ouvrage de référence. La seule ombre au tableau semble être la dépression qui ronge sa mère (sublime Edith Scob). Sujette à des crises de panique, celle-ci ne cesse de crier au secours afin de se rattacher, comme elle le peut, à la vie.

« La seule chose que je te demande, c’est de faire un choix. »

En guise de prologue, Mia Hansen-Løve expose ses personnages alors qu’ils sont en vacances en Bretagne et se rendent presque religieusement sur le tombeau de Chateaubirand. Si leurs enfants n’en ont que faire, l’attitude de Nathalie (Isabelle Huppert) et de son mari Heinz (André Marcon) dévoile tout à la fois leur attachement aux mots et à l’Histoire, et la distance qui s’est immiscée entre eux sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Nous emportant « quelques années plus tard », la réalisatrice concentre son attention sur Nathalie et construit son scénario sous forme de chroniques. Dévoilant le quotidien de la protagoniste, elle nourrit son film de dialogues emplis de souvenirs et d’anecdotes qui participent à la mise en place d’une complicité avec son héroïne. Au-delà, plaçant son film à l’aube des années 2000 et l’étirant sur plusieurs années, elle offre aux spectateurs des éléments auxquels ils peuvent se rattacher – une manière de sortir, à travers l’anecdotique, de l’anecdotique justement…

Toutefois, elle opère une brisure dans son approche pour ancrer le basculement narratif qui devient alors le moteur du film. La fille de Nathalie confronte son père en lui avouant être au courant qu’il a une maîtresse : « La seule chose que je te demande, c’est de faire un choix », lui dira-t-elle. Nathalie perd alors équilibre ne comprenant pas pourquoi Heinz lui avoue la tromper, pourquoi il ne continue pas à le lui cacher et à partager avec elle la routine qu’ils ont mise en place. Une interdiction que nous ne pouvons pas partager.

L' avenir 01

Cette cassure scénaristique nous met à distance de Nathalie en nous laissant préfigurer sa destinée. La réalisatrice s’exprime-t-elle alors à travers son double cinématographique (si Nathalie est sa mère, n’en est-elle pas la fille ?) qu’elle met à plat avec trop d’aisance un noeud dramatique pourtant capital. L’observation reprend ensuite avec justesse, non sans une certaine complaisance (corollaire de cette bourgeoisie) et teintée d’humour.

Mia Hansen-Løve ne révolutionne-t-elle rien, qu’elle emploie au fil de son approche sa caméra comme une lentille d’observation, balayant l’espace comme elle le ferait d’un regard. La mobilité constante du cadre fait alors sens. Il s’agit d’épouser l’énergie des personnages – ou plutôt de Nathalie – en en examinant le comportement tout en se tenant à distance d’eux. Et bien que le film soit bavard et complaisant, la légèreté apparente de la réalisation résulte d’une fluidité de montage des plus impressionnante.

Le nombrilisme des sujets développés par Mia Hansen-Love, aussi facile à attaquer soit-il, ne répond-il pas à un raisonnement philosophique ? Au fil de sa filmographie, Mia Hansen-Love nourrit un questionnement sur la vie, inscrivant une maxime qui se répond à elle-même : je filme, donc je suis. Le « je » dont elle se distancie en observant ceux qui l’entoure la trahit ici d’autant plus qu’il perturbe la fluidité de son écriture. A priori tout sauf viscéral, son cinéma ne le serait-il pas in fine ?

L’AVENIR
♥(♥)
Réalisation : Mia Hansen-Løve
France / Allemagne – 2016 – 100 min
Distribution : ABC Distribution
Chronique bourgeoise

Berlin 2016 – Compétition Officielle

L'avenir - afficheL' avenir 03

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