Critique : La Tortue Rouge

On 28/06/2016 by Nicolas Gilson

Récit empli de poésie, LA TORTUE ROUGE nous entraîne au coeur d’un univers allégorique à la rencontre de nous-même. Fort d’une esthétique éblouissante, le premier long-métrage de Michaël Dudok de Wit est une ode à la vie qui ne craint pas de nous confronter à ses (nos) parts d’ombre. Derrière une apparente linéarité, le film, universel dans son propos et son adresse, nous invite à un voyage au-delà du temps et de l’espace au fil du cycle de l’existence.

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Un homme échoue sur une île « déserte » peuplé de de tortues, de crabes et d’oiseaux. Trop fier de ne pas appartenir à ce monde, il cherche à s’évader construisant un radeau de fortune…

L’adversité et la fatalité ouvrent le film. Le protagoniste est littéralement projeté au coeur d’un espace a priori vierge, rejeté par les flots, dépossédé de son embarcation. N’a-t-il d’autre choix qu’il refuse son destin, cherchant en vain à le fuir, à s’enfuir. En lieu et place de s’approprier l’espace et de chercher à s’y émanciper, il tente de prendre le large ce dont l’en empêche une tortue rouge…

Au réalisme premier, déjà nourri de symbolisme, répond alors la métaphore à travers le basculement vers le fantastique. Apprenant à faire corps avec la nature, figure maternelle, il s’ouvre à la vie. L’évolution du conte initie un tournant à travers une rencontre qui nous transforme bientôt l’île en Jardin d’Eden. Toutefois, le mythe se veut éclairant dans son épure en faisant fi de tout manichéisme comme de toute normalisation – encore qu’il soit étonnant que la nudité des personnages demande à être cachée par convention. Le cycle de la vie s’inscrit alors, avec ses aléas, ses découvertes et ses répétitions… Au parcours initié par le personnage premier, répond celui de son fils qui traverse les étapes, communes voire immuables, qui le conduiront à son émancipation.

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Tantôt drôle et enchanteur, tantôt plus sombre – notamment à travers une scène de tsunami qui fait écho à la tempête première – le film bascule tout autant vers l’onirisme que vers le fantastique, le scénario se révélant être une véritable fable. Aventure prodigieuse ou pur fantasme d’un homme en quête d’apaisement et de sens, LA TORTUE ROUGE est un miroir symbolique éclairant qui dans tous les cas souligne l’importance de toute émancipation dans le respect de l’autre.

Le caractère initiatique du récit confronte deux notions antagonistes qui pourtant se complètent : l’immuabilité de l’existence (de la nature et des espèces) et la transformation nécessaire à l’homme pour voguer sur le flot de la vie. Une métamorphose qui s’impose alors que la notion même de trans-formation se décompose afin de faire sens.

La richesse du scénario composé par Michaël Dudok de Wit avec la complicité de Pascale Ferran trouve toutefois son volume dans l’approche esthétique de l’animateur. Des couleurs au caractère translucide de l’eau, de la fluidité des mouvements au réalisme du vents, le relief auquel tend le film est prodigieux. D’entrée de jeu le réalisateur parvient à nous emporter au coeur d’une tempête dont nous ressentons l’ardeur. Visuellement étourdissant, le graphisme transcende tout à la fois la magie du symbolisme narratif et la vie sousjacente. À l’éclat de l’approche visuelle répond le soin accordé au son qui exacerbe tout à la fois « la vie » et ecite notre attention. Un son qui se fond, se confond avec la musique de Laurent Perez Del Mar. Réelle ligne narrative au-delà du récit, celle-ci ne cesse d’évoluer en faisant écho à l’évolution-même des personnages, gagnant comme eux en volume et en sonorité jusqu’à imperceptiblement nous nourrir.

LA TORTUE ROUGE
♥♥♥
Réalisation : Michaël Dudok de Wit
France / Japon / Belgique – 2016 – 80 min
Distribution : Lumière
Animation

Cannes 2016 – Sélection Officielle – Un Certain Regard
Prix Spécial – Un Certain Regard

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