Critique : La La Land

On 23/01/2017 by Nicolas Gilson

Après le succès fulgurant de son premier long-métrage WHIPLASH, Damien Chazelle continue à mettre en scène le feu de la passion en s’attaquant au genre de la comédie musicale. Au fil d’une romance a priori idéalisée, il rend un hommage pluriel à un cinéma que d’aucuns considérent comme désuet tout en ancrant un discours pertinent sur la réalité qui se cache à l’ombre du fantasme hollywoodien. Sublimant un couple formé par Emma Stone et Ryan Gosling, il emploie leur minauderie à dessein et fait mouche. Si le film ne présente rien de révolutionnaire, il n’en est pas moins envoûtant.

Dès sa mise en place, LA LA LAND se veut référentiel : au cinémascope d’abord, avec un changement de cadre afin d’ancrer le choix du format, et au technicolor, avant de rapidement nous emporter dans un univers digne de Jacques Demy. Partant de la situation prétexte d’un embouteillage, le réalisateur ouvre son film par un morceau musical (Another Day of Sun), chanté et chorégraphié, contextualisant un action à venir. Encore inconnus, Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling) sont déjà réunis au coeur de Los Angeles.

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Epousant d’abord le point de vue de la jeune actrice en devenir avant d’envisager celui du musicien passionné de jazz, Damien Chazelle flirte rapidement avec la logique des comédies musicales américaines auxquelles Jacques Demy rendait lui-même hommage en érigeant l’hypothèse amoureuse comme premier absolu auquel tendent – malgré eux – les protagonistes. C’est donc sous une perspective romanesque que le jeune cinéaste met en place son récit tout en caractérisant habilement ses personnages voguant dans et au rythme de la City of Stars.

Mais derrière l’hommage, le glamour et le divertissement, Damien Chazelle évoque, au fil de leurs parcours, l’âpreté de la réalité à laquelle ses personnages sont confrontés et, au-delà, de toute vie. Aussi sublimée puisse-t-elle être, la relation amoureuse n’a dans LA LA LAND d’intérêt qu’à la condition de l’épanouissement personnel de Mia et de Sebastian que le réalisateur rend en tout points égalitaires jusqu’à un basculement narratif éblouissant lors du dernier mouvement du film – séquence magnifiquement orchestrée d’un Epilogue nous fondant alors au fantasme de Mia.

la-la-land-Ryan-Gosling

L’artificialité de la mise en scène (et notamment le travail de la lumière) permet-elle au réalisateur de jouer avec l’idée-même de toute représentation qu’il confère à son film une candeur singulière – celle qui évoque les premières fois et les premiers émois. Entre leitmotiv et variations, la bande-originale composée par Justin Hurwitz (déjà complice de Chazelle sur WHIPLASH) nous plonge dans un sentiment, aussi savoureux qu’étonnant, de nostalgie au moment-même où elle nous invite à pénétrer au coeur de l’univers mis en scène, et longtemps après.

Certes Ryan Gosling n’est ni Fred Astaire ni Gene Kelly, et la voix d’Emma Stone assoit la fragilité de Mia (et ses limites vocales), mais l’hésitation de leurs pas de danse semble transcender la timidité de leur rencontre comme la pureté, presque enfantine, de leurs intentions et participe à la tonalité conférée au film par Damien Chazelle. Une approche qui, derrière le caractère criard des couleurs primaires à l’avant-plan, est pleine de nuances et parvient à unifier, en un même élan, les enjeux qui réunissent ou divisent les personnages comme les spectateurs.

LA LA LAND
♥♥(♥)
Réalisation : Damien Chazelle
USA – 2016 – 128 min
Distribution : Belga Films
Romance musicale

Venise 2016 – Sélection Officielle en Compétition – Film d’ouverture

LA La LAnd affichela la land

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