Critique : Krigen (A War)

On 30/05/2016 by Nicolas Gilson

Nous immergeant sans détour dans la quotidienneté d’une troupe militaire en Afghanistan, Tobias Lindholm s’intéresse au fil de KRIGEN au devenir humain lorsqu’il semble justement nécessaire de s’émanciper de toute humanité, synonyme malheureux d’un certain sentimentalisme. Plaçant au centre de son approche « l’instinctivité », le réalisateur met en scène les enjeux singuliers du combat contre les Talibans pour questionner ceux universels du comportement humain ; de la lutte pour sa survie à celle contre sa culpabilité.

Des soldats danois sont en opération en Afghanistan. Au quotidien, menacés par des Talibans, ils cherchent à sécuriser une zone où vivent des civils qui pourraient potentiellement se révéler être leurs ennemis. Claus Michael Pedersen est commandant. Il doit faire face à une réalité paradoxale et veiller à la survie de ses subalternes. Au Danemark, sa femme, Maria, gère seule le bon fonctionnement de la cellule familiale. Alors que l’absence du « père » se fait sentir, son retour hâtif sonne comme menaçant : accusé de crime de guerre Claus risque quatre ans d’emprisonnement.

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Composant son film en deux volets, Tobias Lindholm nous confronte aux deux faces d’une même réalité. Il nous plonge dans le quotidien de Claus en en faisant coexister les sphères professionnelle et intime. Le premier mouvement prend ainsi proprement le pouls du camp militaire en Afghanistan, révélant tout à la fois l’absurdité d’un combat à l’aveugle et l’âpreté d’une tâche où chacun met continuellement sa vie en danger. Parallèlement, la routine familiale se déploie, marquée par l’absence de Claus qui se fait pluriellement sentir – une absence que le militaire doit affronter continuellement.

Transcendant proprement l’énergie de ces réalités, aussi distinctes que communes, le réalisateur nous fond au ressenti de ses personnages – Claus d’une part qui veille à la survie, tant physique que psychologique de son équipe, et Maria de l’autre dont le combat, toutes proportions gardées, est le même. Si l’un et l’autre peuvent faire des erreurs d’appréciation, les décisions de Claus sont soumises à l’aval de sa hiérarchie et doivent répondre au droit militaire. Commettant un manquement, prenant une décision à l’instinct afin de sauver un de ses soldats, il sera accusé de crime de guerre.

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À mesure que s’inscrit alors un second mouvement narratif, Tobias Lindholm s’intéresse à l’affect de Claus : comment vivre avec le sang d’innocent sur la conscience alors que l’on a agit de bonne foi dans le but de sauver la vie d’autrui ? Si son personnage doit effectivement faire face à un tribunal, tandis que l’enjeu devient ou non sa culpabilité aux yeux des juges, il questionne l’indicible en exacerbant son ressenti. Alors que les « pressions » sont légion, le choix que portera Claus ne peut-il être qu’instinctif ?

Ecrit intelligemment au risque de paraître quelque fois rhétorique, KRIGEN se meut au fil de son développement en une tragédie moderne. Rendant palpable tant la quotidienneté des réalités mises en scène (jusqu’à nous faire ressentir tant l’enferment que l’infinité des zones de combat), Tobias Lindholm dirige avec brio Pilou Asbæk dont le ressenti devient peu à peu l’unique objet de représentation. Sans cesse en déséquilibre, l’homme doit rester droit. Il en va de sa survie… comme de la nôtre.

KRIGEN
A War
♥♥
Réalisation : Tobias Lindholm
Danemark – 2015 – 115 min
Distribution : September Film
Instantané sensible

Venise 2015 – Orizzonti

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A WAR

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