Critique : King of the Belgians

On 25/11/2016 by Nicolas Gilson

S’essayant avec succès à la comédie, Peter Brosens et Jessica Woodworth signent avec KING OF THE BELGIANS un documenteur savoureux qui, tournant en dérision nombre de stéréotypes, met en perspective le devenir de l’Europe et de ses utopies. Orchestré avec panache et servi d’un casting épatant, le film se révèle d’autant plus saisissant que les réalisateurs mettent à nu la figure royale à mesure qu’ils lui font parcourir un trajet qui rappelle celui qu’empruntent, non sans heurts, des milliers de migrants.

« La Wallonie a déclaré son indépendance, la Belgique a éclaté. »

Alors que Duncan Lloyd, un documentariste anglais est chargé de polir l’image du Roi de Belgique, le suivant de Mini-Europe à Miniatürk (ça ne s’invente pas), et tandis qu’éclate une tempête solaire, la Wallonie déclare son indépendance. Bloqué en Turquie, considérant qu’il doit être au près de son peuple afin d’en défendre autant qu’en garantir l’unité, Nicolas III (Peter Van den Begin) décide de passer outre les mesures de sécurité et de faire route à travers le Balkans, quitte à déclencher un incident diplomatique.

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La scène d’ouverture donne le ton, et ce dès le premier plan, lorsque d’intrigantes silhouettes s’aventurent sur une des boules de l’Atomium et qu’un avion traverse le ciel. Le caractère burlesque de la musique encore discrète souligne-t-il le surréalisme synonyme d’une certaine belgitude que notre regard est guidé par le commentaire de Duncan Lloyd. Nous découvrons alors Nicolas III et son entourage – le chef de protocole (Bruno Georis), la responsable communication (Lucie Debay) ou encore son valet de chambre (Titus De Voogdt) – dans une situation pittoresque : le tournage d’un documentaire commandé par le Palais qui semble tenir coeur à la Reine et vise à rapprocher le Roi, néerlandophone, de son peuple.

D’entrée de jeu, la caractérisation des personnages, qui ancrent la fiction, prête à faire sourire. La situation aussi : dans le décor de Mini-Europe, la mise en place du tournage documentaire est en bien des points absurde, du cadrage maladroit à l’accueil « timoré » du protocole… Mais Duncan Lloyd est en place et, puisque nous sommes face au résultat de son travail, nous ne pouvons que croire qu’il en est arrivé au terme. Témoins de ses observations et des quelques mensonges lorsqu’il prétend que la caméra ne tourne pas, nous devenons les spectateurs d’une oeuvre grandiloquente – pastiche d’un certain cinéma documentaire.

King of the Belgians - Jessica & Peter

L’approche de Jessica Woodworth et Peter Brosens parait-elle simpliste qu’elle n’en est pas moins complexe – leur demandant notamment de « salir » le son et l’image. Travaillant sur la séquentialité des scènes afin de leur donner un caractère réaliste, ils composent un films à priori brouillon qui se révèle habilement mis en scène jusqu’à être proprement chorégraphié. La séquence d’ouverture est d’ailleurs éblouissante dès lors que l’ensemble des personnages entrent en scène au fil d’une même prise dont le cadre se redessine.

L’évolution du scénario – aussi réaliste qu’abscons – met à mal le protocole qui définit initialement tant les protagonistes que leurs rapports. Alors qu’ils traversent la Balkans et se retrouvent dans des situations pittoresques – de la fuite vers la Bulgarie à un inénarrable concours de yahourt en passant par la rencontre d’un snipper – les personnages évoluent tous en révélant une personnalité jusqu’alors enfuie sous les étiquettes. Un parcours d’autant plus saisissant que la figure de Nicolas III est étrangement crédible au point de nous bouleverser lorsqu’il se découvre, enfin, en simple « homme ». Au-delà, s’il demeure d’un bout à l’autre délectable, le trajet emprunté nous conduit à penser le devenir d’une Europe plurielle dont nous sommes les acteurs. Enfin, faisant de la royauté l’un des enjeux de leur film, les réalisateurs la mettent habilement en question faisant dire judicieusement à l’un de leurs personnages qu’il ne s’agit pas d’y croire mais de la respecter.

KING OF THE BELGIANS
♥♥♥
Réalisation : Peter Brosens & Jessica Woodworth
Belgique / Pays-Bas / Bulgarie – 2016 – 90 min
Distribution : Bo Films
Comédie (dramatique)

Venise 2016 – Orizzonti
Film fest Gent 2016 – Galas & Specials

king-of-the-belgians_venise-2016-mostra-afficheking-of-the-belgians_critique Venise_2016_king-of-the-belgians_orizzontimise en ligne initiale le 02/09/2016

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