Critique : Kiki – El Amor Se Hace

On 23/08/2016 by Nicolas Gilson

KIKI, EL AMOR SE HACE questionne avec humour la sexualité sous l’angle de l’amour jusqu’à lui offrir son pluriel. Au fil d’un récit choral d’une folle drôlerie, Paco León flirte avec de nombreux tabous et ne cesse de tourner en dérision un certain machisme. Au sado-masochisme ou au polyamour répondent la dacryphilie, la somnophilie ou encore la harpaxophilie (rassurez-vous, la définition des termes prend place dans le film). La sueur perle, bien au-delà de l’écran, à mesure que les corps s’épuisent.

« On doit respecter les fantasmes des autres »

Adaptation « madrilène » de IF YOU LOVE ME… de Josh Lawson (2014), KIKI, EL AMOR SE HACE transpose habilement les thématiques universelles de l’amour et de la sexualité dans la réalité espagnole – aussi fantasmagorique soit-elle. Reprenant la tonalité humoristique développée par l’acteur et scénariste australien dans son premier long-métrage, Paco León la nourrit de quelques notes extravagantes en caricaturant à dessein ses personnages.

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La séquence d’ouverture nous plonge littéralement dans le sujet en nous fondant aux ébats sexuels d’un couple bien décidé à s’épuiser voire se consumer. La fantaisie des échanges s’inscrit dans la dynamique de mise en scène et de montage – le réalisateur suggérant les actes sexuels en les remplaçant par des séquences documentaires mettant en scène des animaux ou par des inserts de « fruits » évocateurs ou illustratifs. Un collage proprement jouissif qui conduit à la rencontre d’un homme qui cherche à mesurer la qualité de ses prouesses et de sa partenaire qui lui avoue quel fut son plus bel orgasme – autant dire qu’elle l’assassine tant elle blesse sa virilité. Une mise en bouche savoureuse.

Se dessine alors une galerie de personnages hauts en couleurs et pourtant ordinaires : un couple qui cherche à ranimer la flamme, une femme qui tente d’atteindre l’orgasme sans avouer à son mari qu’elle simule depuis toujours, un homme dont l’épouse repousse les étreintes ou encore une jeune femme bien décidée, malgré ses tocs, à rencontrer l’âme soeur. Esquissé comme un film à sketches, KIKI, EL AMOR SE HACE révèle son caractère choral tandis que Paco León parvient à nous rendre complices de l’ensemble des personnages – une gageure au-delà de la comédie car certaines séquences mettent en scène des étreintes non consenties.

KIKI EL AMOR SE HACE

Joyeusement loufoque, la réalisation flirte habilement avec une certaine artificialité tout en trouvant dans l’interprétation la garantie d’une pleine empathie pour les personnages : si nous rions de bon coeur, jamais nous ne nous moquons. Une alchimie qui repose sur un équilibre entre l’approche esthétique surannée et la distribution – indépendamment du fait que la plupart des comédien-ne-s sont de véritables « bombes sexuelles ».

Derrière la comédie, se tissent de vrais enjeux – le plaisir, le partage, l’orgasme, le dialogue, le respect, la découverte de soi (et de l’autre) – selon une logique (quelque peu normative) de couple. Alors que l’humour titille (ou tiraille) les limites et les tabous, la sexualité rime peu à peu avec complicité – celle-ci faisant exploser les limites des uns ou posant celles des autres. Au gré d’aventures des plus rocambolesques, le réalisateur célèbre proprement les plaisirs charnels… sans crainte de se mouiller et de donner de son corps (en se donnant l’un des rôles).

Épinglons encore une version impayable de « L’été indien », gage d’énormes fous-rires.

KIKI, EL AMOR SE HACE
♥♥(♥)
Réalisation : Paco León
Espagne – 2016 – 102 min
Distribution : Cinéart
Comédie

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kiki el amor se hace - critique
KIKI-el-amor-se-hace-bonobos-940x629mise en ligne initiale 31/07/2016

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