Critique : Keeper

On 08/03/2016 by Nicolas Gilson

Questionnant comme tant d’autres au fil de leur premier long-métrage les amours adolescentes, Guillaume Senez nous emporte au-delà des troubles sentimentaux d’enfants qui se rêvent adultes. Il nous confronte aux paradoxes d’un âge dominé par l’inconscience où les certitudes s’imposent coûte que coûte. KEEPER conte l’histoire d’une grossesse inopinée qui rencontre bientôt le désir absolu d’un adolescent de voir naître le fruit de ses amours.

Keeper - Guillaune Senez

Le film s’ouvre sur une séquence majestueuse tant elle traduit la vitalité et la naïveté qui réunissent – et définissent – le couple formé par Maxime (impressionnant Kacey Mottet Klein) et Mélanie (saisissante Galatea Bellugi). Ils ont à peine 15 ans mais partagent une sexualité active qui, en un sens, les dépasse déjà. Lui voudrait qu’elle le suce. Elle lui avoue, honteuse, qu’elle n’aime pas ça. Si en s’étonnant qu’elle ne le lui ai pas dit auparavant Maxime révèle son grand coeur, l’aveu timide de Mélanie traduit la crainte de perdre celui qu’elle aime si elle ne répond pas à ses attentes. Mais les deux adolescents s’aiment, ou plutôt se détestent comme ils ont décidé de se le dire…

Néanmoins, le même sentiment de peur domine Mélanie lorsqu’elle apprend à Maxime qu’elle est enceinte et qu’il réagit abruptement – de lui, oui, de qui d’autre est-elle obligée de lui répondre. Ils ont à peine 15 ans et la raison leur dicte de mettre un terme à une situation qu’ils décident de garder secrète. Toutefois Maxime, proche de son petit frère, doute avant de changer radicalement d’opinion : il s’imagine père et convainc Mélanie de ne pas avorter. Keeper prend alors tout son (double) sens.

Keeper - Kacey

Guillaume Senez compose son scénario sous forme de chroniques dont la temporalité semble dictée par les grands mouvements d’une grossesse qui bientôt ne peut plus être cachée. Les parents, aperçus jusqu’alors, entrent en scène en oubliant un peu qu’aussi infantiles qu’ils soient leurs enfants sont libres de leurs choix. La raison et l’inconscience s’affrontent sur le terrains des certitudes. Maxime et Mélanie doivent alors faire face aux conséquences de leur décision.

Concentrant son attention sur Maxime, le réalisateur s’intéresse à un combat singulier. Il opte pour un cadre mobile et une séquentialité qui traduisent le réalisme des situations tandis que l’hésitation de la caméra va de pair avec celle des adolescents. Il ne s’agit jamais de traduire le ressenti des personnages mais de nous y confronter en saisissant l’instant. Un pari audacieux et franchement réussi dans la mesure où nous vivons les scènes en partageant tantôt un sentiment d’ivresse, tantôt une douleur viscérale. Nous sommes amoureux de Maxime et de Mélanie autant qu’ils nous agacent ou nous irritent, et partageons des sentiments tout autant divisés à l’égard de leurs parents – c’est que l’ensemble du casting est diablement impressionnant.

KEEPER
♥♥
Réalisation : Guillaume Senez
Belgique / Suisse / France – 2015 – 95 min
Distribution : Cinéart
Drame

Locarno 2015
FIFF 2015 – Compétition Première Oeuvre

keeper - Guillaume senez - Affiche

Keeper - Catherine Salée

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