Critique : Juste la Fin du Monde

On 15/09/2016 by Nicolas Gilson

Après le sensationnel TOM A LA FERME (2013), Xavier Dolan signe une nouvelle adaptation cinématographique d’une oeuvre théâtrale, un nouveau huis-clos dont il exacerbe avec trop d’intensité le caractère oppressant. Sélectionné en Compétition Officielle au Festival de Cannes (deux ans après MOMMY), JUSTE LA FIN DU MONDE est une déconvenue. Objet esthétique et esthétisant au point de devenir irrégardable (et inaudible), son sixième long-métrage est-il l’oeuvre de la désillusion qu’il y dirige de manière étourdissante Marion Cotillard et Léa Seydoux.

Après 12 ans d’absence, Louis (Gaspard Ulliel) retrouve sa famille. Il s’envole vers eux en nous livrant l’objet de sa visite : faire le voyage pour annoncer ma mort. Il nous fond d’emblée à son point de vue. Voyons voir comment ça va se passer.

Juste la fin du monde - Nathalie Baye & Gaspard Ulliel

Le film s’ouvre sur un murmure. Un impression qui demeurera à son issue, malgré son caractère bruyant et monstratif. Un murmure qui glace l’échine, qui signe effectivement la fin d’un monde. Déjà le son s’intensifie, se gorge de bribes musicales tandis que les mots s’enchâssent, entrecoupés par eux-mêmes. Après le bref prélude, la musique s’intensifie jusqu’à s’imposer. Le programme esthétique est déjà mis en place en une dynamique entremêlant les gros plans, enchaînant les coupes et jouant avec les focales avant de se noyer, bientôt, dans les renforts musicaux. – Coucou.

J’ai peur. J’ai peur d’eux.

L’agitation du retour du fils prodigue est exacerbée au fil d’un montage épileptiques où se répondent des axes de cadrages frontaux qui connectent les personnages, les agglutinent, au sein d’un espace d’autant plus oppressant qu’il demeurera indéfini. Une succession de plans très serrés qui trahissent le regard de Louis, étourdi voire assiégé par les sollicitations de sa famille. Suzanne (Léa Seydoux), la soeur de Louis, et Martine, la mère, s’engueulent tant leur excitation les rend hystériques. La première reproche d’ailleurs à la seconde d’en avoir fait des tonnes au point de ressembler à un travesti – une réflexion heureuse car elle nous permet de supporter l’accoutrement dans lequel une autre actrice que Nathalie Baye se serait ridiculisée.

Déjà criard, le film devient alors bruyant. Ce boucan répond-il du climat oppressif qu’il devient aussi irritant qu’incompréhensible lorsque Xavier Dolan intensifie les renforts musicaux jusqu’à le mettre au premier plans. Cette composition pour cordes de Gabriel Yared sert-elle à transcender le ressenti de Louis (préférant s’y plonger plutôt qu’écouter « ses proches ») qu’elle a raison de notre attention. L’impossibilité du dialogue est-elle un enjeu du film, que tout échange est proprement inaudible. À distance de l’exercice, nous sommes d’autant plus interdits que nous voyons les comédiens se mettre à nu, en vain.

Juste la fin du monde - Gaspard Ulliel

Dans un capharnaüm général, la figure de Catherine (Marion Cotillard) se détache alors qu’elle tente de créer un lien avec son beau-frère qu’elle n’a jamais rencontré. Paradoxalement son oppression est palpable, sa douleur sensible. Guidant pourtant notre regard, Louis demeure sans âme. Les enjeux mis à plats dès le prologue et son refus à s’ouvrir aux autres – ou celui de Dolan – nous rendent spectateurs d’un théâtre hystérique. Entre flash-back et projection, le réalisateur crée de nouvelles échappées au fil des évocations. Autant d’illustrations ou de parenthèses qui flirtent avec la caricature ou nourrissent (pourrissent?) le film de clips musicaux dont la mise en scène est poussive jusqu’à en devenir aussi risible qu’irritante.

Les séquences s’enchainent en un mouvement plus décousu qu’irrégulier au sein duquel chaque personnage devient l’ombre de lui-même autant que sa caricature – ils deviennent le fantôme de celui qui, bientôt, ne sera plus. Aucun affect ne prend place, tant l’approche, malgré la promiscuité de la caméra, demeure distante. À l’instar des effets de cadrage, le travail des couleurs se veut rhétorique. Le basculement vers une totale artificialité fait-il sens qu’il ne conduit à aucun trouble tant nous avons hâte que l’exercice prenne fin – comme Louis, et les autres.

JUSTE LA FIN DU MONDE

Réalisation : Xavier Dolan
Canada / France – 2016 – 97 min
Distribution : Cinemien
Exercice de style

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition

Juste la fin du monde Xavier Dolan Critique poster

Juste la fin du monde - Léa Seydoux Juste la fin du monde - Cotillard - Cassel Juste la fin du monde - Nathalie Bayemise en ligne initiale le 19/05/2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>