Critique : Jupiter’s Moon

On 19/05/2017 by Nicolas Gilson

Après nous avoir fondus au point de vue d’un chien dans WHITE GOD (2014), Kornel Mundruczo entrecroise ceux d’un migrant syrien et d’un médecin vereux dans un récit d’aventure où le fantastique se veut lourdement allégorique, vainement esthétisant et platement démonstratif. Il entremêle les genres tout en virant au cinéma d’action. Sans prendre position, le réalisateur hongrois nous confronte à une multitudes de clichés plus irritants les uns que les autres ; il nous crache à la figure une vision aussi désespérée que désespérante de la société hongroise. Seigneur, ayez pitié de nous.

jupiter s moon cannes 2017

L’ouverture du film est pourtant stupéfiante : en un même plan séquence, le réalisateur nous confronte à Aryaan (Zsombor Jéger), un réfugié syrien, qui tente de passer la frontière hongroise. Nous ressentons l’oppression du camion de transport de bétails qui le conduit au bord d’un fleuve, nous découvrons son angoisse alors qu’il fait route avec son père, au millier de dizaines de semblables, et prend un bateau bientôt chargé par la police des frontières. En un même mouvement – hyper réaliste même s’il perd déjà toute crédibilité temporelle – Aryaan tente de survivre, rejoint la berge, s’encourt et tente de s’enfuir avant de se faire tirer dessus à bout portant. Trois balles lui transpercent le corps. Il devrait mourir. Il devrait être mort. Pourtant Aryaan est le premier témoin de son corps entrant en lévitation. Son assassin, Laszlo (György Cserhalmi), est interdit. Toujours anonyme, Aryaan est amené dans un centre de réfugiés (dirigé par l’homme qui lui a tiré dessus) où il sera examiné par le Dr Stern (Merab Nimidze) qui découvre son pouvoir. Corrompu jusqu’à la moele, celui-ci songe à l’exploiter. Voilà qui semble bien plus lucratif que se faire payer chèrement par certains migrants pour leur ouvrir les portes vers le monde qui se refuse à eux.

L’étrange duo prend route avec fracas. Tandis que Stern voit en Aryann la possibilité de payer (plus) rapidement ses dettes – sans que nous ne comprenions la logique des clients potentiels qui se met en place – Laszlo se meut en une sorte de super flic pourri décidé à mettre la main sur le Syrien. Entre chassé-croisé et aller-retours sans queue ni tête, entre illogismes et caricatures plus pathétiques que pitoyables, l’action s’intensifie en nous laissant sur le bord de la route. Comment ne pas rire lorsque Aryann avoue que son père est charpentier ? Comment ne pas sentir venir le repenti de Stern ?

Peut-être eut-il fallu que l’approche ne soit pas excessive pour adhérer à une dynamique consistant à vômir l’ensemble des personnages, à souffrir de racourcis douteux, à offrir une tribune homophobe pour dénoncer l’homophobie, à créer l’amalgame et à ancrer la stigmatisation pour pointer le doigt dessus. Mais Kornel Mundruczo donne dans la performance. Il travaille sur la séquencialité sans que cela n’apporte aucune point de vue (à titre d’exemple une scène est envisagée selon le regard du parchoc d’une voiture)… L’artificialité de l’approche et la présence de la caméra se ressentent d’autant plus qu’au manque de cohérence esthétique répondent des regards caméra (portés par des migrants à l’intérieur des camps). Contentons-nous d’encore épingler le surjeu de la maorité des acteurs et un doublage qui n’est pas raccord avec le mouvement des lèvres. L’allégorie s’impose-t-elle que la place crasseuse accordée aux rares personnages féminins n’offre au film rien de chrétien – quoique le parallèle avec celle que leur réserve l’Eglise est aisé à faire. Tout n’est que calvaire.

Jupit'er's moon

JUPITER’S MOON

Réalisation : Kornél MUNDRUCZÓ
Hongrie / Allemagne – 2017 – 7380 sec
Distribution : /
Thriller fantastique surjoué

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

Jupiter's moon posterjupiter s moon

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