Critique : Julieta

On 18/05/2016 by Nicolas Gilson

Artificiel et criard, JULIETA déçoit amèrement. Après la farce LOS AMANTES PASAJEROS, Pedro Almodovar continue sur une lancée platement artificielle dénuée de la moindre subtilité. Une tentative ratée de renouer avec le mélodrame dont il a été, en son temps, un digne héritier. « La première réaction d’Alberto Iglesias, mon compositeur depuis vingt ans, quand il a vu le film monté, a été de dire qu’il n’avait pas besoin de musique. Il lui plaisait nu, tel qu’il était né dans la salle de montage. » Mieux eut-il valu que le réalisateur l’écoute. Une soupe.

Julieta 07

A la veille de son départ pour le Portugal, Julieta croise dans la rue l’amie d’enfance de sa fille Antía. Un conversation apriori anodine qui entrouvre une porte vers les souvenirs et leur douleur. Julieta décide alors d’écrire à sa fille, de lui raconter son histoire, leur histoire.

Par où commencer ? Evitons de souligner le plan d’ouverture qui se dessine tel les contours d’un clitoris d’un rouge éclatant… Puisque le film s’y embourbe, pptons pour la narration. Après une introduction toute démonstrative – l’étonnement de Julieta est effrayant tant il est apparent –, Pedro Almodovar met en place une logique d’évocation franchement artificielle et platement illustrative. Julieta se raconte, se livre à sa fille. À mesure que les tableaux s’enchainent, le réalisateur exacerbe le pathos de ses personnages et flirte avec une dimension humoristique qui laisse à penser au (mauvais) théâtre de boulevard. Dans ce marasme où tout est artificiel, frontal et appuyé, la représentation du feu de la passion comme des affres de la dépression se veulent stupéfiants tant on nage en plein ridicule.

Tente-t-il de transcender la psychologie de ses personnages, que le réalisateur oublie que le spectateur, lui aussi, en est doté. Il préfére l’assommer par une surabondance musicale, le gaver d’images pléonasmiques et l’aveugler par des couleurs dont le caractère primaire résume sans doute son approche. S’il filme merveilleusement ses actrices et sublime (en vain) les corps masculins, il semble oublier qu’ils ne sont pas que des objets.

JULIETA

Réalisation : Pedro Almodovar
Espagne / France – 2016 – 96 min
Distribution : Alternative Films
Tableau criard

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition

Affiche JULIETAJulieta 06

Julieta 05

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